27 janvier 2015

100 000 canards par un doux soir d'orage

Couverture 100 000 canards par un doux soir d'orage100 000 canards par un doux soir d'orage

Titre : 100 000 canards par un doux soir d'orage
Auteur : Thomas Carreras
Editions : Sarbacane (Exprim')
Année de parution : 2015
Pages : 300 pages
Prix : 16 €

Résumé :

Quand Ginger, 18 ans, débarque à Merrywaters - le bled le plus paumé d'Angleterre - pour participer à un festival de musique, elle est loin de se douter que les canards seront aussi nombreux dans le coin. Ni qu'ils commenceront à l'espionner.
LA SUITE ?
AH NON, C'EST TOUT, ON NE VOUS DIT PLUS RIEN !
Sachez seulement qu'aucun canard n'a été blessé pendant l'écriture de ce livre.

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Juliette et les éditions Sarbacane pour cet envoi décoiffant !

Je pensais qu'après la lecture de 50 cents, plus rien ne me surprendrait. J'avais tort. Mais rassurez-vous, je me suis aussi régalée avec cette nouveauté si bien tournée... Et totalement, mais alors totalement barrée.

Je ne sais même pas par où commencer. Ah si ! Les personnages. Sans surprise, j'ai totalement adoré. La narratrice, Ginger, est une ado extra, pleine de pep's et de bonne humeur, avec qui on sent bien, immédiatement. Très déterminée, elle parvient à la fois à vous faire rire, mais aussi à vous faire flipper. J'ai aussi bien accroché avec ses deux "compères", Eileene et Malcolm, la soeur et le frère. C'est notamment ce dernier qui a eu ma préférence, son petit côté sombre et sa grande gueule, j'ai trouvé ça cool. Dans ce bouquin, on croise aussi Mike Jagger, Stevie Wonder, et autres vedettes internationales. J'ai trouvé ça dément, ça permet d'apporter encore plus de délire au récit, et de voir ces célébrités différemment. Bien entendu, il y a pleeeein d'autres gens entre ces pages, qui sont tous aussi géniaux les uns que les autres, qui se complètent parfaitement bien, et qui font, avant tout, régner une ambiance de dingue durant toute la lecture.

Rien ne change, je suis toujours fan du style de l'auteur. C'est toujours aussi décalé, osé et explosif, et ça fait du bien ! On s'amuse à chaque phrase, on apprend plein de choses (Vous connaissiez l'anatidaephobia ? Moi non plus.) et on passe un excellent moment, c'est top. Le vocabulaire employé est relativement fleuri, en accord avec la folie des idées. Personnellement, ça ne m'a absolument pas gênée, au contraire, mais je préfère le préciser, car je sais que c'est important pour certains. Autrement, que dire de plus ? Ce roman se lit tout seul, rapidement, il est très accessible, et addictif, vous ne pourrez plus le lâcher. Bon, il vous rendra aussi totalement barge, mais ça, on ne le dit pas.

Parlons donc de l'intrigue. J'en rigole toute seule devant mon PC. Bref. Au début, tout vous semble normal. L'histoire s'installe, sur un fond de festival de musique et de bons délires. C'est sympa, c'est détente, mais je vous avoue que, connaissant un peu le "petit" grain de Thomas, je trépignais, j'étais dans les starting-blocks, j'étais frustrée, presque déçue, je ne voyais rien venir... (A cet instant, je devais être un peu aveugle. Ou complètement stupide. Au choix.) Et puis, petit à petit, l'engrenage se met en marche, le mystère pose ses valises, et c'est parti. Ca commence par être relativement discret, la mise en route se fait assez lentement, progressivement... Et là, advient l'impensable, on écarquille les yeux, et on a le sentiment de débuter un tout autre livre. J'ai d'abord cru à une blague, puis pensé que j'étais fatiguée, mais non. En plus d'un événement tragiquement dépitant, survient la plus grosse étrangeté du monde. Les canards débarquent. Je n'en dirai pas plus, pour préserver le suspense, parce que c'est vraiment l'effet de surprise et d'incompréhension totale qui rend le récit aussi pétillant. Ca sort de l'ordinaire, clairement. A vrai dire, je crois que personne ne peut s'imaginer un truc comme ça, excepté Carreras, bien entendu. Ainsi, cet ouvrage est un thriller, oui oui, avec des canards, parfaitement. L'auteur a une imagination débordante, enfin, à ce stade-là, ce n'est même plus de l'imagination, il n'y a plus de mot ! Mais je vous assure qu'on s'éclate, c'est tellement loufoque et cinglé ! C'est purement sadique, limite glauque, mais si drôle ! Quand j'ai compris vers quoi on se dirigeait, j'avoue, j'ai eu peur. Pas des canards, mais plutôt de finir par tourner en rond. Sauf que pas du tout, le rythme est là, les rebondissements et le suspense déchirent. Quand la deuxième partie du bouquin démarre, on se dit, ah ouais, c'est comme ça, bon bah facile, maintenant ça va être ça, ça et ça, puis finir comme ça, et voilà. Absolument pas. On ne peut jamais, jamais, appréhender ce qui va advenir. Honnêtement, il se passe tellement de choses (Et en plus, des trucs pas nets, moi j'vous dis. Enfin je dis ça, je dis rien.) en "si peu de pages", qu'on ne sait plus où donner de la tête, c'est un feu d'artifice d'excellentes idées, alors, prévoir les chapitres suivants, pensez-vous... Impossible, tout simplement ! Ce roman joue sur l'innovation, alors promis, niveau originalité et surprises, on est servi.

Sincèrement, pour la fin, j'étais plus qu'intriguée. Comment était-il possible de clôturer une histoire comme celle-ci ? Pour ce faire, on retrouve un peu notre sérieux l'espace de quelques pages. L'ambiance est un peu plus tendue, tout paraît "simple", et on se dit qu'il manque quelque chose, mais on ne sait pas quoi. Et puis, les toutes dernières lignes arrivent, et là, on sourit comme un benêt devant le bouquin, parce que c'est tout con, mais c'est hilarant. Enfin, personnellement, la référence m'a carrément plu. Et puis l'image qui vous reste en tête à la fin de la lecture... C'est épatant, c'est à côté de la plaque, c'est marrant, c'est bien pensé, c'est du Thomas.

Le titre me plaît énormément. Hors contexte, ça semble tellement bizarre et stupide. Quand on est dans le truc, c'est parfait. Le décalage entre les mots, l'humour... Ça attire l’œil. Comme il faut bien que je râle un peu (Quand même ! Une chronique sans râler, ce ne serait pas ma chronique.) j'avoue ne pas être une grande fan de la couverture. Certes, elle est hyper dynamique et en totale harmonie avec le texte, mais... Elle me fait peur, elle me perturbe. Oups.

Voilà donc une lecture incontournable si vous avez envie de vous amuser, de changer. Âmes sensibles s'abstenir, les autres, vous ne pourrez plus le lâcher. Vivifiant, il vous séduira sans nul doute, en particulier si vous aimez la créativité, la musique, et délirer. Néanmoins, je ne garantis pas un amour fusionnel avec les canard après la lecture... Plutôt, comme moi, une certaine peur. A lire !
J'ai adoré !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

Partenaires

Livre reçu dans le cadre du partenariat avec les éditions Sarbacane. Merci à eux !

25 janvier 2015

Sans prévenir

Couverture Sans PrévenirSans prévenir

Titre : Sans prévenir
Auteur : Matthew Crow
Editions : Gallimard (Scripto)
Pages : 307 pages
Prix : 11,90 €

Résumé :

A quinze ans, Francis Wootton est passionné de vieux films, de musique rock et de lectures romantiques. Mais avant tout, il ne se prend pas au sérieux. Pas plus que les excentricités de sa mère et la désinvolture de son adulte de frère.
Lorsqu'on lui diagnostique une leucémie, ses priorités changent. Il y a l'horreur d'être retardé d'une année au lycée, la menace d'une calvitie imminente, la nécessite de retrouver sa plus belle chemise au cas ou une pop star lui rendrait visite pour une photo...
Mais il n'imaginait pas rencontrer Ambre, son caractère de chien son humour féroce, sa vulnérabilité désarmante et irrésistible.

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier les éditions Gallimard Jeunesse pour ce très bel envoi !

Dès que j'ai ouvert l'enveloppe, et découvert le titre, le résumé, la couverture, et la lettre de l'auteur, qui accompagnait le livre, j'ai su que j'allais adorer ce roman. Un drame, un brin de romance, ça semblait fait pour moi. Et, sans surprise, cette lecture s'est avérée excellente.

Les personnages sont très attachants, en dépit de leur jeune âge. Francis, le narrateur, est très étonnant. Très mature, assez cynique, il est touchant sous ses airs d'adulte. Au fur et à mesure, il évolue beaucoup, se montre plus sérieux, plus posé. Même malade, il parvient à rester amusant. Parfois, on le sent plus faible, fragile, mais rapidement, il parvient à effacer cette partie de lui au profit d'une autre plus battante. La jeune Ambre est elle aussi, à sa façon, émouvante. Elle cache toute sa sensibilité, se la joue blasée. On a d'abord du mal à la cerner, à l'apprécier. Mais, petit à petit, elle se dévoile, et devient une jeune fille blessée, en mal d'amour et de réconfort. Ces deux adolescents se complétaient donc très bien. Leurs familles respectives m'ont beaucoup étonnée. En effet, que ce soit d'un côté ou de l'autre, on a affaire à des personnes surprenantes, limite un brin dérangées. Toutefois, elles sont, avant tout, très attendrissantes.

L'auteur a un très bon style. Captivant, il vous met à l'aise dès le début de l'histoire. Grâce à une bonne dose d'humour, il parvient à rendre son texte moins dur, plus accessible. Néanmoins, il ne délaisse pas pour autant l'émotion. Il arrive à trouver les mots justes pour les passages plus délicats, à amener beaucoup de douceur lorsqu'elle est nécessaire. L'histoire défile à une vitesse folle, sans jamais devenir fastidieuse ; même si une maladie comme le cancer est forcément longue et pénible, cet aspect ne déteint jamais dans l'écriture. On reste dans un bon rythme, on ne se perd pas dans des paraphrases inutiles, bref, c'est clair, net et concis, et ça fonctionne. Je préfère largement ce genre de petit roman à un gros pavé redondant !

Bon, il n'a pas inventé l'eau chaude, clairement. Ce n'est pas un bouquin des plus originaux, ça fait penser à des gros titres que je ne citerai pas. C'est une recette qui a déjà fait ses preuves qui est ici reprise. Mais le principal est quand même d'avoir un bon ouvrage, non ? On aborde donc ici les thèmes de la leucémie, et de l'amour. Le mélange des deux fait bon effet, rajoute une touche encore plus dramatique au récit. Mais ce bouquin est aussi et surtout très concentré sur l'évolution des relations entre les personnages. La maladie n'est en réalité qu'un prétexte à tout ce qui s'ensuit. On assiste à la naissance d'amours, d'amitiés, de tensions, de craintes... Une véritable réflexion s'installe, sur la vie, sur les rapports aux autres. Ce livre nous apprend à profiter de la vie, à voir la couleur derrière le sombre horizon. C'est parfaitement bien orchestré, réfléchi. De temps à autres, on parvient même à oublier le cancer. En effet, l'aspect médical est relativement effacé, tout ce qui touche aux soins ou aux visites étant très succinct. Le lecteur est ainsi majoritairement amené à se concentrer sur le côté plus positif du livre. Celui-ci véhicule un message d'espoir, de confiance. Inévitablement, on se doute que tout ne peut pas rester rose. Cependant on se surprend à essaye d'y croire, parce que tout tourne si bien, c'est comme une douce valse qu'on n'ose interrompre. Certaines scènes sont particulièrement belles, comme le réveillon de Noël, par exemple. Tant de magie s'échappe des phrases.. C'est l'occasion d'oublier comme jamais la dure vérité. Bien souvent, dans ce roman, le temps est suspendu. On profite de l'instant présent avec les protagonistes, on rit. Les retours à la réalité sont difficiles, mais délicatement menés. Les pages défilent, et l'histoire prend de l'assurance. L'équilibre entre les personnages, au début assez fragile, se renforce, jusqu'à devenir inébranlable. On sent qu'il s'affirme, on ne veut plus le quitter. C'est vrai, on se sent si bien avec eux, l'ambiance est tellement bonne... Et, juste avant que le texte ne commence à devenir un peu platonique, tout s'accélère, et les choses prennent une tournure nouvelle.

La fin est dure. La chute n'est évidemment pas très gaie, pas du tout même. C'est attendu, mais ce n'est pas pour autant plus facile. Néanmoins, c'est ce qui fait la beauté de la vie et de cette histoire : Son caractère éphémère. Mais quand ça se termine, ça fait mal. En revanche, je suis plus ou moins partagée vis-à-vis de ce dénouement. J'ai eu un peu l'impression qu'il manquait quelque chose, je suis un peu restée sur ma faim. Je ne sais pas quoi, je ne sais pas pourquoi, mais... Quelques détails en plus et c'était parfait. Peut-être aurait-il fallu un épilogue plus long ? Parce que lui, en tous cas, était réussi. L'idée était bonne, elle ravivait la flamme qui s'éteignait doucement. Elle permettait d'apporter un peu de réconfort, de foi en la vie. C'est juste dommage qu'on n'en sache pas un peu plus...

J'adore le livre-objet. Le titre est très bien choisi, en harmonie avec le texte. Il représente tout à fait cette notion de brièveté que l'ouvrage met en avant. La couverture est assez sobre, mais plaisante, intrigante. Elle s'associe très bien à son contenu, bref, rien à redire.

Je vous recommande donc très vivement cette histoire, qui parle de vie, d'amour, de rock et de maladie. Vous en apprendrez beaucoup, et passerez un très bon moment. Certes, ce bouquin est triste, mais seulement. Il est aussi drôle, poignant. Il redéfinit l'existence, et ne vous laisse assurément pas indifférent. A lire !
J'ai adoré !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

Et...

Livre reçu dans le cadre du partenariat avec les éditions Gallimard Jeunesse. Merci à eux !

Antigone 256

Antigone 256

Titre : Antigone 256
Auteur : Jacques Cassabois
Editions : Hachette (Black Moon)
Année de parution : 2007
Pages : 212 pages
Prix : 12 €

Résumé :

Deux frères s'affrontent et s'entretuent. L'un a le droit a des obsèques, l'autre est livré aux bêtes sauvages. Ainsi en a décidé leur oncle, le roi Créon. Mais leur soeur, Antigone refuse cette loi. Elle se dresse, seule, fière, fragile. Antigone ! Fille d'Oedipe ! L'héritière ! La petite.

Mon opinion personnelle :

Il y a quelques mois, j'avais été très déçue par la pièce d'Anouilh, Antigone, que je voulais lire depuis des années. J'avais déjà acheté cette autre réécriture du mythe, et mon envie de la découvrir avait donc été très largement refroidie par ma première approche d'Antigone. Mais voilà, la semaine dernière, oral de bac blanc de Français, séquence des réécritures à réviser, préparation des idées d'ouverture, et là, bam, idée, innover avec une autre réécriture que celle d'Anouilh. Bon, au final, je ne suis pas du tout passée sur les réécritures, mais peu importe, car je me suis réconciliée avec Antigone.

Retrouver les personnages a été un véritable plaisir, car ils étaient selon moi les seuls éléments plaisants de la pièce. De plus, je connais à présent Oedipe Roi, j'ai donc pu mieux établir les connexions entre eux. L'approche des personnages est très appréciable, plus aisée qu'avec le théâtre. Antigone et sa détermination m'ont une fois de plus séduite, elles dégagent quelque chose de fort. Une sorte de tension palpable émane de la jeune fille, tension qu'elle semble projeter sur ses proches. Créon est ici plus accessible que dans la pièce, on le cerne mieux, sans pour autant plus l'apprécier bien entendu. Par contre, j'ai éprouvé plus de sympathie à l'égard d'Ismène, qui m'a semblée moins niaise que dans la pièce. Comme quoi, d'une version à l'autre...

J'ai bien accroché avec le style de l'auteur. Ici, le mythe est réécrit comme un roman, ce qui permet de se sentir plus proche de l'histoire qu'avec une simple lecture de pièce. L'écriture est relativement moderne, sans pour autant devenir anachronique, un bon équilibre rend le texte plus accrocheur, plus actuel. Que ce soit dans les descriptions ou dans les actions, l'auteur prend le temps de développer, rendant ainsi la lecture plus captivante. Ce bouquin se lit tout seul, vraiment, rapidement et facilement, le romanesque est d'ailleurs, selon moi, plus adapté à ce genre d'intrigue que le théâtre. C'était donc une très bonne idée !

L'intrigue ne change pas de la version d'Anouilh. Elle est simplement, grâce au romanesque, plus creusée, allongée. Avec la pièce, j'avais apprécié les idées de départ, mais ce qui avait totalement gâché ma lecture avait été la rapidité avec laquelle elles s'enchaînaient. Certes, le genre théâtrale va plus vite que le genre romanesque, mais tout de même ! J'ai apprécié le fait de pouvoir prendre mon temps, de ressentir de véritables émotions. Même si je n'avais plus aucune surprise, j'ai toujours été aussi épatée de découvrir la richesse des péripéties. J'adore les idées, vraiment. Bon, après, on sent quand même que l'histoire est initialement pour du théâtre : Certains éléments manquent clairement d'approfondissement, et restent assez frustrants. C'est moins marqué que chez Anouilh, mais ça reste présent. Par contre, j'ai eu comme l'impression de mieux comprendre le texte. Pas pour une question de vocabulaire, mais plus de logique. Ici, le rythme semblait plus structuré, et plausible. Je pense donc que cette version est plus accessible pour de jeunes lecteurs, ou pour des personnes qui souhaitaient lire la pièce et non la voir. Bien entendu, cette façon de faire a aussi ses défauts. Par exemple, on a un peu, parfois, l'impression de tourner en rond. Normal pour du théâtre, moins pour un roman. Néanmoins, c'est minime, donc largement supportable. Que vous dire de plus, sans trop me répéter par rapport à la chronique de la pièce ? Ah si ! Je souhaite attirer votre attention sur l'humour. Parce que oui, dans cette réécriture, on arrive même à sourire ! Ça peut paraître un peu déplacé, mais ça marche du tonnerre d'apporter un peu de rire à une tragédie. Ça la rend plus moderne (Vous allez me dire que c'est le but d'une réécriture. Vrai.) et permet d'accrocher davantage. Ça coule mieux, c'est plus sympa. C'est donc plutôt osé, mais c'est réussi.

Je ne me souvenais pas de tous les détails de la chute, j'ai donc été ravie de les redécouvrir. Je ne me rappelais pas du tout de certaines choses, à vrai dire ! Cependant, je grimace un peu : Je suis restée sur ma faim. Il m'en manquait encore un peu, j'aurais aimé soit qu'elle soit plus explicite, soit qu'elle se prolonge un peu plus. Un goût d'inachevé vous reste donc la bouche. Après, elle est tout de même séduisante, et cohérente ! Mais quelques petits éléments en plus n'auraient fait de mal à personne, selon moi.

J'aime beaucoup la couverture, qui est sobre, mais classe. Elle représente bien l'histoire, en étant assez mystérieuse. Le titre ne me semble pas trop mal, mais je n'ai toujours pas saisi la signification du nombre 256. Je suis vraiment navrée, mais je ne peux pas vous l'expliquer, même après lecture... Si quelqu'un, par hasard, a l'info...

Cette réécriture est donc très agréable. Même si ce n'est toujours pas le top du top, je l'ai préférée à celle d'Anouilh. Elle permet, d'après moi, une certaine aisance de lecture, et surtout plus de détails, et donc un récit plus riche. Je vous la recommande vivement, surtout si vous souhaitez découvrir facilement le mythe d'Antigone !
J'ai bien aimé !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

21 janvier 2015

Lundi, couscous

Couverture Lundi, couscousLundi, couscous

Titre : Lundi, couscous
Auteur : Lorris Murail
Editions : Nathan
Année de parution : 2014
Pages : 144 pages
Prix : 5,50 €

Résumé :

« Le petit train des quatrièmes s’est formé. Je frappe à quelques dos au hasard. - Eh ! les gars, vous avez vu ? Chanthou et Malik et Tamara et Mahmut et... vous les avez vus, dans le minibus ? Ils sont virés pour de bon... hé ! vous m’écoutez ? Pas seulement du bahut. Virés de chez nous. De la France, de la Gaule, de l’hexagone, du territoire national... la patrie ! Vous n’avez pas vu ? Ils n’ont pas vu. »

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Samia et les éditions Nathan pour cet envoi !

En recevant ce petit livre, je ne savais pas spécialement à quoi m'attendre. Très jeunesse, mais abordant un sujet houleux et plus que d'actualité, il y avait donc du tentant et du moins tentant. Après lecture, je vous confirme que mes craintes étaient fondées : Pour moi, ce n'est pas une grande réussite du tout...

J'ai eu du mal avec les personnages, que j'ai trouvé, en dépit de leur âge, très immatures. Ce sont des 4èmes, ils sont censés avoir un minimum de réflexion. Là, niveau suite dans les idées, bah on ne vole pas bien haut. Bref. Le narrateur, Arno, est sympathique, agréable, drôle. Mais pas très futé, quoiqu'il soit le moins benêt de tous... Sensible, il permet au récit de ne pas totalement tourner au ridicule. La petite Chantou m'a bien plu, fragile et victime de la connerie de notre société actuelle. Elle représente l'espoir, la force. Autrement, en ce qui concerne les autres enfants... Je ne suis pas convaincue, on restait énormément dans les clichés, qui en devenaient presque péjoratifs.

Le style d'écriture de l'auteure était plutôt intéressant. Captivant, accessible, jeunesse mais pas trop ; ça fonctionnait. Un peu d'humour, des sujets sensibles : Ca perdait de les rendre plus attrayants vis-à-vis du jeune public. Ce petit roman se lit très vite, le rythme de lecture est bon. Certes, ce n'est pas de la grande littérature, mais c'est fluide, et c'est le principal avec ce genre de bouquins.

Néanmoins, j'ai eu un véritable problème avec l'intrigue. Je ne sais pas comment vous expliquer ça sans trop vous spoiler. Bon. Dans ce livre, le racisme et la xénophobie sont les éléments principaux de ce texte. Jusque là, ça va. L'idée est bonne, le principe de sensibiliser les plus jeunes à cette discrimination est plaisant, utile. Le début est intéressant, pertinent, bien développé. Le lecteur est de suite mis au parfum, on comprend rapidement la gravité de la situation. Sauf que petit à petit, ça dégénère. Vraiment. De deux façons différentes, qui s'opposent totalement. La première est cette exagération totale des expressions, des sentiments. Oui, c'est fait exprès, mais ce n'est pas une raison pour faire perdre toute crédibilité à l'histoire. C'est dommage, elle perd déjà de son charme. La seconde m'a plus alertée que déplu : La légèreté avec laquelle les thèmes sont abordées. C'est voulu, dans un sens. Mais ça n'excuse pas tout. C'est un bouquin pour des enfants, qui ne connaissent pas encore le second degré. C'est trop implicite, ça donne l'impression que tout ceci n'est pas grave, que bon, on peut jouer avec ça, mais non ! J'ai été franchement déçue de constater ce problème. Il n'avait de fait plus grand intérêt, et tournait presque au ridicule. Le plus frustrant est que ça partait d'une bonne intention, mais que ça finit par partir en live. On peut déformer des thématiques, mais pas toutes, ou pas de toutes les façons. Là, c'était trop. Ces "détails" mis à part, cette lecture n'est pas si mauvaise : Il y a de bonnes idées dans l'ensemble, qui manquaient cependant d'approfondissement. Je suis peut-être trop exigeante vis-à-vis de ce roman pour plus jeunes, mais j'estime que quand on traite des sujets si complexes et délicats, on va au bout, le superficiel n'est pas intéressant. Un autre souci avec cet ouvrage : Il est très passif. Il se passe des choses, gaies ou moins gaies, mais tout ceci n'entraîne aucune réaction, ni de la part des personnages, ni de celle du lecteur. C'est déroutant, presque gênant. Alors oui, dans ce livre, il y a de la matière. Sauf qu'elle est mal exploitée, et qu'elle finit par être tristement gâchée, à mon sens. L'idée était bonne, le sujet était bon, mais les deux ensemble, c'est comme l'huile et l'eau : Ca ne se mélange pas. (Je parle de sciences, que m'arrive-t-il ?)

La chute est comme le reste du bouquin : Bien pensée, mais mal mise en scène. Revirement total de la situation, morale ; vu de loin, ça semble prometteur. Mais pas comme ça ! Encore une fois, c'est trop "vulgarisé", trop simplifié. On ne change pas les hommes facilement, alors on ne clôture pas un livre si aisément. Il manque de la réflexion. Il y a de bons éléments, des citations mignonnes et touchantes, des idées enrichissantes. Il pourrait y avoir un bon résultat. Toutefois, ça manque de sérieux, d'humanité. J'avais clairement l'impression que l'aventure n'avait servi à rien, que les pré-ados se fichaient totalement de ce qu'ils étaient censés avoir appris, que ça leur passait au dessus. Il manquait de réalisme, et y perdait de son charme, malheureusement. C'est bien de voir la vie en rose, mais pas de se bercer d'illusions.

Le titre est attirant, symbolique, drôle. Ce n'est pas spécialement mon délire, mais pourquoi pas. La couverture me paraissait en harmonie avec le récit, intéressante. Après lecture, j'en ri : Elle représente en fait l'inverse. Je n'en dis pas plus, mais c'est drôle, celui qui a imaginé la couverture n'a pas lu le bouquin ou bien ?... Ou alors c'est moi qui n'aie rien saisi de l'histoire...

Voilà donc un bouquin qui ne m'a pas vraiment convaincue. Je sais, je suis cassante, mais vous nous connaissez à la longue, ma grande gueule et moi ! Bien qu'il soit bien écrit et facile à lire, il n'est, d'après moi, pas la meilleure façon d'aborder la discrimination avec des enfants, et finit presque par véhiculer l'inverse du message de base. Un loupé pour moi, dommage...
Je n'ai pas aimé...
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

Puis...

Livre reçu dans le cadre du partenariat avec les éditions Nathan. Merci à eux !

18 janvier 2015

La Leçon

La Leçon

Titre : La Leçon
Auteur : Eugène Ionesco
Editions : Folio
Année de parution : 91 pages
Prix : 5,80 €

Résumé :

La leçon est l'une des pièces les plus jouées et les plus lues d'Eugène Ionesco. Elle commence comme une satire hilarante de l'enseignement, pour faire allusion ensuite à de savantes théories linguistiques ; le ton, alors, change : la farce se termine en tragédie. Mais cette tragédie est, elle aussi, parodique : chacun lui donne le sens qu'il veut.

Mon opinion personnelle :

Comme beaucoup, je connaissais cette pièce et ce dramaturge de nom, sans jamais m'y être spécialement attardée. J'ai eu à la lire pour les cours (Français, 1ère L), et, malgré son côté plutôt très particulier, j'ai adoré.

Il n'y a que trois personnages dans cette pièce. La moins présente est la bonne, Marie. Pourtant, elle est le pilier du texte, le cerveau, la raison. J'avoue avoir eu du mal à la cerner, mais au final, elle est très intéressante, un poil glauque cependant. La majorité de la pièce est donc animée par le dialogue entre le Professeur, et l’Élève. Le premier est bien entendu très flippant, lunatique, presque pervers, c'est une homme aux mille facettes, irrationnel, mais que l'on sent très travaillé. La seconde est elle aussi terrifiante, mais à sa façon. D'apparence, elle paraît vide, fade. Mais elle est en réalité très réfléchie, et, bien qu'elle ressemble à un pantin désarticulée, elle cache bien son jeu... Evidemment, c'est du théâtre, il est donc difficile d'analyser ainsi des répliques, mais j'ai été agréablement surprise de constater que Ionesco parvenait à donner de vraies personnalités à ses personnages.

J'ai beaucoup aimé le style du dramaturge. Normalement, lire une pièce de théâtre n'est pas très réjouissant, car la vie et le relief manquent. Là, ça ne se ressent pas beaucoup. Les émotions qui passent à travers le texte sont tellement fortes et contradictoires qu'on vit la pièce plus qu'on ne la lit. Pourtant, ce n'est pas du grand vocabulaire, c'est de l'absurde. Toutefois, les phrases sont tellement riches, il y a le superficiel et la profondeur qui se mêlent en elles pour un résultat surprenant. C'est captivant, on se sent possédé. La pièce passe à une vitesse folle, sans jamais s'essouffler. A jouer, elle doit être excellente, pas simple, mais fantastique au niveau du jeu d'acteurs. A voir, je l'imagine dérangeante, mais passionnante...

Cette pièce n'est pas très longue, mais elle est néanmoins énorme. Je m'explique. Le début se fait tout en douceur, l'absurde est très présent. On sourit, on s'amuse, on se divertit. Certes, on s'imagine bien que tout ne va pas rester ainsi, que d'une manière ou d'une autre, ça finira par basculer. On suit donc une leçon, leçon de quoi, bonne question. De tout et de rien. Surtout de rien en fait. Bref. Tout semble normal (Ou presque...) et se déroule sans encombre. Et puis, petit à petit, sans qu'on s'en rende vraiment compte, l'histoire bascule dans quelque chose de bien plus sombre. La transition est très discrète, mais lorsqu'on comprend finalement dans quoi on vient de tomber, ça devient délicieusement sadique. C'est loin d'être gai, c'est de l'humour noir, un brin glauque. Mais c'est terriblement bien pensé et amené. Ça peut mettre mal à l'aise, mais personnellement, j'ai trouvé que ça relevait du génie. C'est si méticuleux, si osé... Les répliquent se transforment en un bal endiablé et maudit qui semble ne jamais s'achever, c'est époustouflant. Il y a tellement de choses qui se dégagent de simples petites phrases ou même simplement de mots... Les personnages évoluent énormément tout au long du texte, c'est frappant, même juste en lisant. La tension est palpable, les choses dégénèrent, l'histoire est carrément hypnotique. Ça va crescendo, on monte jusqu'au paroxysme de la folie, de le perversité, on se sent habité, pris d'une ivresse qui ne veut plus vous lâcher. Et puis, brusquement...

La chute arrive. On tombe de haut, c'est un contraste énorme avec le début du texte. Pour ne pas vous spoiler, j'ai supprimé une partie du résumé, trop bavarde, que j'ai malheureusement lue avant de commencer ma lecture. Mais vraiment, c'est très bien pensé. Bien entendu, il ne faut pas être trop sensible, car c'est quand même très osé. J'ai particulièrement apprécié la façon dont Ionesco boucle la boucle, et met les choses au clair. Tout prend soudainement son sens, c'est magique, quoiqu'un un peu glauque, bref, c'est dément.

Bon, pour le livre-objet, je suis moins fan. La couverture me fait plutôt peur, (En même temps...) et n'est pas, selon moi, ce qui représente le mieux l'histoire. De même pour le titre, qui est certes symbolique, mais qui n'a pas ce petit grain de folie qu'on retrouve dans la pièce. Après, possible qu'il y a ait un sens que je n'ai pas perçu !

Courte chronique pour courte pièce, mais quelle pièce ! Je vous la recommande très vivement, à lire, à voir ou à jouer, ça vaut le détour. Ingénieuse et séduisante, elle ne vous laissera pas de marbre, frissons garantis... Dorénavant, j'ai vraiment envie de mieux découvrir Ionesco, et vous invite fortement à faire de même !
J'ai adoré !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

14 janvier 2015

HHhH

Couverture HHhHHHhH

Titre : HHhH
Auteur : Laurent Binet
Editions : Le Livre de Poche
Année de parution : 2011
Pages : 443 pages
Prix : 7,50 €

Résumé :

Prague, 1942, opération "Anthropoïde" : Deux parachutistes tchèques sont chargés par Londres d'assassiner Reinhard Heydrich, le chef de la Gestapo et des services secrets nazis, le planificateur de la Solution finale, le "bourreau de Prague".
Heydrich, le bras droit d'Himmler. Chez les SS, on dit de lui "HHhH". Himmlers Hirn heißt Heydrich, le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich.
Dans ce livre, les faits relatés sont authentiques. Pourtant, une autre guerre se fait jour, celle que livre la fiction romanesque à la vérité historique. L'auteur doit résister à la tentation de romancer. Il faut bien, cependant, mener l'histoire à son terme...

Mon opinion personnelle :

Ce livre, je le connaissais. Le titre m'avait déjà interpellée, j'avais vu mon père le lire et savais qu'il était dans sa bibliothèque. Mais j'avoue que je ne m'y étais jamais intéressée, je n'avais jamais eu la curiosité de creuser. C'est mon prof d'Histoire/Géographie qui nous en a récemment parlé, en bien évidemment, puisqu'il a fini par me convaincre. C'était l'occasion ou jamais d'en apprendre plus sur la Seconde Guerre Mondiale, sujet qui m'intéresse franchement. Alors je l'ai lu. Et je suis perplexe. A vrai dire, je suis à l'heure actuelle incapable de vous dire si j'ai adoré ou si j'ai détesté.

Je ne sais même pas par quel bout prendre ma chronique, j'ai l'impression d'avoir à vous chroniquer un OVNI. En même temps, je ne crois pas que ce ne soit qu'une métaphore... Bref. Ici, on ne peut pas parler de personnages. Toutes les personnes citées ont réellement existé, ont eu ces caractères. Heydrich est mis en avant dans le résumé, mais il n'y a bien entendu pas que lui : Nous découvrons de nombreux autres acteurs de l'Histoire, et en particulier de l'Opération Anthropoïde, dont deux hommes marquants : Gabcik et Kubis. (Vous m'excuserez, il manque les accents.) Ma curiosité a été ainsi assouvie : Evidemment, cet assassinat a été un début d'enfer, (Je pense notamment au village de Lidice), mais aussi un début de libération à mon sens, c'est donc pour cela que mieux découvrir ces deux jeunes et ceux qui les ont aidés de près ou de loin m'a semblé fondamental. Je ne peux de toute évidence ni vous analyser ni vous décortiquer les personnalités de chacune de ces personnes : Etant chroniqueuse et non psy, juger des gens "réels" serait un peu grotesque. Mais je peux en revanche vous dire qu'on en apprend beaucoup sur eux, et qu'on est parfois surpris...

Clairement, le style de l'auteur est vraiment étrange, et déstabilisant. Celui-ci est en effet omniprésent dans le texte, nous confiant ses réflexions, ses pensées, ses gestes les plus futiles. On a l'impression de lire son livre en même temps qu'il l'écrit, c'est vraiment spécial. Il faut s'accrocher, avouons-le. Certes, certains trouveront cette "incrustation" égocentrique ; pour ma part, je l'ai trouvée pertinente : Elle permet en effet de ne pas tomber dans la récitation pure et simple, d'apporter plus de fluidité et de souplesse à cet ouvrage béton. Et il est toujours intéressant d'avoir un autre point de vue, ou un humour un brin caustique... Bien entendu, ça reste froid et distant, mais n'est-ce-pas le reflet de cette barbarie gratuite qu'était la Solution finale ?... (Et encore là, je vous fais un bel euphémisme...)

Mais alors, avec un tel résumé et une écriture si atypique, comment peut-on définir ce "roman" ? Excellente question, car ce bouquin est tout simplement indescriptible. Inutile de le préciser (Mais je le fais quand même, notez-le.) que ce livre est une mine d'or en matière d'informations historiques. Il y a tellement de choses à dire ; on comprend assez vite pourquoi l'auteur semble, au début, se perdre à chaque chapitre. Je pense pouvoir dire que le contenu est irréprochable, on ressent -voire même on vit- les nombreuses recherches de l'auteur, on apprend tellement ! Pour être tout à fait honnête, j'avais un peu l'impression d'un bourrage de crâne intensif durant plus de 400 pages. Mais je ne dis pas que c'est pénible, loin de là ! Au contraire, ceci est vraiment enrichissant. Toutefois, il faut signaler que c'est vraiment surprenant. L'Histoire, j'adore ça, les romans historiques, j'en ai lu une palanquée, en jeunesse comme en adulte. Mais jamais je ne me suis trouvée face à tant d'authenticité, et c'est franchement effrayant, il faut le dire. On a au départ du mal à réaliser que le moindre détail de ce livre est vrai, jusqu'à la couleur de la voiture d'Heydrich. Oui, ceci m'a marquée, parce que sincèrement, en temps normal, on s'en fiche totalement de savoir si elle est noire ou verte. Mais là, non, il y a une nécessité de perfection historique frappante, et qui fonctionne très bien. Je n'ose même pas imaginer les années qu'il a fallu à Laurent Binet pour chercher ces moindres détails, et je salue l'énorme travail qui a été fait ici. Sauf que jusque là, tout ceci est bien beau, mais l'auteur n'a pas inventé grand chose. Rien, à vrai dire, puisqu'il met un point d'honneur à ne fournir (presque) que des informations vérifiées et assurées. Alors, comme ça, il s'est contenté d'amasser des éléments pendant des années et de nous les rebalancer à la figure ? Que nenni mes chers petits. Que nenni. Il va plus loin, et parvient étonnamment à implanter une seconde intrigue dans son bouquin. Tout le monde sait comment l'opération Anthropoïde a fini. Néanmoins, il y a une interrogation qui hante les pages de ce livre : Laurent Binet parviendra-t-il à mener son projet à bien sans recourir à la fiction ? S'ensuit alors, implicitement, une excellente réflexion sur la place du romanesque dans l'Histoire. C'est fin, c'est discret, mais c'est là. Et j'ai vraiment adoré cet aspect de l'ouvrage, qui met en avant cette didactique de façon presque, on peut le dire, perverse. Cette éviction de l'imaginaire devient obsessive pour l'auteur, et finit par l'être aussi pour le lecteur. Je ne m'attendais pas à cela, mais c'est rondement mené. Ceci n'est évidemment pas capital, cependant, ça m'a marquée, c'est pour cela que j'ai tenu à le faire remarquer. La bataille est double, dans ce récit. L'une contre la Solution finale, l'autre contre la fiction.

La chute est bien entendu sans surprise, si vous connaissez un minimum votre cours d'Histoire. En fait, si vous ne savez pas comment tout ceci se termine, vous n'avez plus qu'à lire HHhH ! Passons. Même si cette issue est réelle, si "l'aventure" s'est concrètement achevée ainsi, j'avais l'impression de lire un policier. Sérieusement, c'est tellement dingue et héroïque comme fin ! On aurait tout à fait pu la croire née de l'imagination de l'auteur (Quoique, après avoir lu son ouvrage, pas si sûr...) tant elle est riche et chevaleresque, c'est assez stupéfiant. A mon grand soulagement, on finit par savoir ce qui est advenu de toutes les personnes nommées dans cet ouvrage, aucun brouillard ne reste planer sur des événements qu'on préférerait oublier. Une fois de plus, la réalité est de mise. C'est loin d'être gai, mais au moins, c'est archi-complet. Et étant friande d'anecdotes, de broutilles, ça n'a pu que me plaire. On sent vraiment que Laurent Binet ne veut plus lâcher son ouvrage, que mettre le point final est pour lui une épreuve, qu'il a encore plein de choses à nous dire, ça en devient touchant. Dans chaque mot, sa passion est palpable, et communicative.

Le titre est très intrigant, symbolique, surprenant, et surtout imprononçable. Si ce dernier point m'a passablement agacée, (Les gens comprennent hache hache hache hache et vous prennent pour une demeurée), le reste est parfait. La couverture est très spéciale et réfléchie, à l'image du texte, mais séduisante, symbolique, tout comme le titre en fait. L'alliance des deux rend ce bouquin encore plus particulier, et donne envie de s'y intéresser, par curiosité. On ne va pas se leurrer : Il faut avoir vraiment envie et être un peu barré pour se plonger dans un roman comme celui-ci. La combinaison gagnante, c'était alors un visuel qui donne envie. Le contrat est donc rempli.

En rédigeant ma chronique, j'ai compris que j'avais sincèrement apprécié ma lecture, qui change de l'ordinaire, mais dans le bon sens. Ce n'est pas quelque chose à dévorer pour se détendre, mais plus pour s'instruire. Ecrire 400 pages exclusivement sur Heydrich est risqué. Se prendre la tête avec la fiction est risqué. Couplez les deux, et c'est gagné. A lire pour combler vos lacunes en Histoire, ou simplement pour vous cultiver encore plus ! N'ayez pas peur de ce drôle de bouquin, vraiment : Il ne vous veut que du bien. Ayez confiance...
J'ai adoré !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

13 janvier 2015

Les brumes d'Avallach Tome 1

Couverture Les brumes d'Avallach, tome 1Les brumes d'Avallach Tome 1

Titre de la série : Les brumes d'Avallach
Numéro du tome : 1
Auteure : Marah Woolf
Editions : Michel Lafon
Année de parution : 2014
Pages : 345 pages
Prix : 14,95 €

Résumé :

Après le décès de sa mère, Emma, dix-sept ans, quitte les États-Unis pour rejoindre la seule famille qui lui reste sur la petite île de Skye en Écosse. Là-bas, elle rencontre Calum, un étrange jeune homme. Tour à tour prévenant et glacial, il semble cacher un secret inavouable. Ce que l’adolescente ignore, c’est qu’en se rapprochant de lui elle les met tous les deux en danger de mort.
Emma découvrira que les légendes des brumeux Highlands sont plus réelles et dangereuses qu’elle ne l’aurait imaginé. Et qu’avec Calum ils sont peut-être le dernier espoir de deux mondes que tout oppose.

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier très vivement Marah Woolf pour l'envoi de son roman !

J'avais déjà repéré cet ouvrage à sa sortie, en voyant les chroniques fleurir sur la blogosphère. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque l'auteure me contacta pour chroniquer son ouvrage ! J'ai été très touchée par cette prise de contact, et me suis empressée d'accepter. Je me plongeais donc dans ce livre impatiente et curieuse, après avoir lu des avis très divergents. Finalement, je suis ravie d'annoncer que je rejoins le clan des convaincus.

J'ai en effet été séduite par les personnages. La narratrice, Emma, est, il est vrai, un peu le cliché de l'ado tourmentée : Fragile, hésitante, amoureuse et naïve, elle a su me toucher. Tout au long de l'histoire, elle se cherche, elle évolue. Elle n'est pas dans une situation facile, et pourtant, parvient à toujours s'en relever et affronter les choses telles qu'elles le sont. Son compagnon, Calum, m'a également bien plu. Mystérieux, un brin lunatique, il affole les esprits et les cœurs tout en restant modeste. Charmeur sans le vouloir, il impose au lecteur comme une attirance magnétique envers lui, c'est plutôt impressionnant. Les personnages secondaires sont eux aussi remarquables. La famille adoptive d'Emma m'a particulièrement touchée, avec une mention spéciale pour sa tante, Bree. Je ne m'attendais pas du tout à une femme comme elle en la découvrant, et sa bonté m'a très agréablement surprise.

Le style de l'auteure est vraiment très addictif. Dès les premières pages, je me suis sentie à l'aise dans l'histoire. Riche sans être trop complexe, celle-ci devient vite addictive, et très accessible : On peut facilement lire cet ouvrage lorsqu'on ne souhaite pas se prendre la tête. Le rythme du récit est plaisant, suffisamment harmonisé pour ne jamais devenir ennuyant ou redondant. Les idées sont bonnes, clairement explicitées (Je pense notamment aux légendes, qui auraient pu mal finir si elles avaient été mal exploitées !) et intéressants. Le schéma de base n'est pas des plus originaux, néanmoins, grâce à des détails un peu plus innovants, on parvient à une lecture nouvelle, audacieuse sans l'être.

L'intrigue est selon moi une très belle réussite. On commence avec une petite touche de dramatique qui n'est pas pour me déplaire (Vous savez comme j'aime le drame !) et qui permet d'accorder un peu plus de "crédibilité" à l'histoire. Ce n'est peut-être pas la manière la plus atypique de débuter un roman de YA, mais pourquoi changer une formule gagnante ?! La romance se met assez rapidement en place, ce qui a eu pour effet de m'étonner. On comprend par la suite sa promptitude, mais j'ai trouvé ceci assez osé : Si l'histoire d'amouuuur arrive aussi vite et "facilement", que va-t-il advenir dans les prochaines pages ?... Et c'est là qu'on se rend compte que ce bouquin est loin d'être, à mon sens, une banale love story impossible. Il y a plus. Se met ainsi en place un magnifique travail autour du fantastique et des légendes sur fond écossais. Au passage, je souhaite saluer la richesse des descriptions. Avec seulement des mots, le lecteur parvient tout à fait à se représenter les eaux tumultueuses et les forêts verdoyantes. (Notez l'inutilité de ma précision ; qui a déjà vu une forêt bleue ?) Je reviens donc à mon fantastique. On commence à avoir fait un peu le tour des créatures imaginaires, mais là, l'auteure parvient à mettre le doigt sur quelque chose d'un peu plus effacé : Les créatures marines. Ceci apporte du pep's au roman, et lui offre mille et une possibilités. C'est d'ailleurs l'occasion pour nos jeunes héros de s'instruire un peu, et de nous instruire par la même occasion. Je trouve que ces romans, qui mettent en lumière des légendes peu connues du grand public, sont très appréciables. Ah, et aussi, un très bon point : Les livres sont capitales dans cette histoire. On les retrouve un peu partout, notamment dans la librairie de Sophie, mère adoptive de Callum. En réalité, j'ai énormément aimé ces passages plus intimes et confortables... Néanmoins, c'est bien beau ce que je vous décris là, mais n'oubliez pas que ce livre n'est pas qu'un mélange d'amour et d'eau fraîche. Par divers rebondissements et ennuis, le danger n'est jamais loin, jusqu'à oppresser totalement la lecture. On passe donc d'un cadre presque idyllique à un véritable cauchemar romantique. Cette transition est réussie, et permet à l'ouvrage de s'affirmer un peu plus. Ce dernier mûrit sans cesse, jusqu'à devenir on ne peut plus sérieux. Petit à petit, plus question de batifoler ou de ricaner : La mythologie mise en place occupe tout l'espace, le tonnerre gronde, et les terribles dernières pages éclatent...

Oui, parce que clairement, la fin est comme une explosion. Personnellement, je l'ai ressentie ainsi. Une énorme tension se modèle tout au long du récit, jusqu'à atteindre son paroxysme, durant lequel on n'attend qu'une chose : L'acte fatidique. Et quand les derniers mots arrivent, là, on est clairement dégoûté. On s'arrête à un moment crucial du bouquin, on en veut plus, c'est terrible ! C'est traumatisant de rester dans l'ombre ainsi. On ne réalise pas, on a envie de se dire qu'il y a erreur, on s'énerve, puis on finit par se résigner et chercher partout sur le Web la date de sortie du prochain tome, que, bien évidemment, on ne trouve pas. Donc on s'énerve encore plus, et... Bref, tout ça pour dire que cette chute est totalement à la hauteur du reste, très frustrante, mais qui vous programme d'office votre rendez-vous pour la suite !

Le livre-objet est très appréciable. Le titre est mystérieux, mystique, intrigant : A l'image du roman. La couverture est sublime, dans des couleurs parfaitement accordées au bouquin, avec des effets pétillants. A l'intérieur, une graphie superbe à chaque chapitre. C'est top, vraiment.

Alors voilà, même si ce premier tome n'invente rien, il n'en reste pas moins charmant. Captivant, émouvant, effrayant : Il vous fera passer un très bon moment. Attention tout de même, si les histoires je t'aime moi non plus nous vous plaisent pas, passez votre chemin... Les autres, arrêtez-vous plutôt deux fois qu'une, et laissez-vous porter par la formidable plume de Marah, vous ne le regretterez pas...
J'ai adoré !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

Livre reçu grâce à l'auteure Marah Woolf. Merci à elle pour cet envoi adorable !

8 janvier 2015

Ma Malle aux Livres est Charlie

Précieux lecteurs,

Je viens vous trouver, dépitée, écœurée et secouée par les récents événements. Je ne vous apprends rien : Les bureaux de Charlie Hebdo ont été victimes d'une lourde fusillade hier matin.

Alors oui, ce blog est un blog de chroniques littéraires, dédié aux bouquins et à la lecture. Mais c'est aussi mon blog, et c'est pour ça qu'aujourd'hui, j'ai eu envie de rendre hommage aux victimes et à la liberté d'expression.


En tant que chroniqueuse, je passe mon temps à donner mon avis, et donc, parfois, à critiquer, et, je l'avoue, de temps en temps, à me moquer. En autres termes, je m'exprime.

C'est pour cette raison que cette histoire me tue doublement. Une fois en tant que citoyenne, et une autre en tant que "média". Alors oui, nous, blogueurs littéraires, donnons notre avis sur la littérature, qui est un sujet moins "conséquent" que la religion ou la politique. Mais nom d'un chien, on s'en fout de l'importance du sujet ou non, c'est le principe qui compte : L'expression ne doit pas être une forme de suicide.

Hier soir, j'ai réagi à chaud sur les réseaux sociaux du blog. Pas envie de chercher de grands mots, de grandes phrases. J'ai rangé au placard la littéraire que je suis, et ai laissé l'humaine parler. Je vous laisse ici ce petit mot, sans prétention :

Ce soir, je cherche mes mots. Mon habituelle grande gueule est muette, muette d'horreur. Que dire face à tant de violence, de haine et d'injustice ? Il n'y a rien d'assez puissant pour décrire ce qui s'est passé aujourd'hui. On a attenté à la liberté d'expression, on a tué des Hommes, et quels Hommes ! Des Hommes dont le seul crime a été de rire, de rire de la connerie humaine. Parce qu'Ils ont osé être Eux-mêmes et donner Leur opinion, sans pour autant se prendre au sérieux. Donner son avis, quel qu'il soit, est-ce un crime passible d'être puni ? Bordel, mais dans quel monde vivons-nous ? Vide ton encre sur le papier, je te viderai de ton sang sur le pavé. Non ! Je refuse qu'on condamne ainsi l'expression, et encore plus lorsqu'elle est donnée sur le ton de la plaisanterie. Personne ne vous demande de comprendre l'avis des autres, simplement de l'entendre. On appelle ça la tolérance. Ceux qui, aujourd'hui, ont commis des actes inqualifiables, impardonnables, n'ont rien compris. Jamais ils ne tueront la liberté de s'exprimer, elle n'en ressortira que plus vive encore. Ils n'ont fait que raviver encore un peu plus la flamme de l'expression, qu'apporter des braises nouvelles au feu de la parole. Et s'ils croyaient enterrer Ceux qu'ils ont tués, ils se sont trompés. L'Homme est mort, pas l'idée. Pensons à Eux, aux 12 personnes froidement et honteusement abattues, aux blessés, aux familles des Victimes. L'explosion de souffrance qui a éclaté ce matin ne doit jamais être oubliée. Exprimons-nous, faisons-nous porteurs de la force de la liberté d'expression. ‪#‎JesuisCharlie‬, j'honore Leurs vies, et Les remercie.

Voilà. Je glisse ici deux citations m'ayant marquée, qui vous disent tout.

"Article 19 : Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression."
Déclaration Universelle des Droits de l'Homme

"Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites. Mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire."
Voltaire

Stéphane Moussin
Je vais à présent vous laisser. Parce que je veux que cet article reste un peu en haut du blog, aucun nouvel article ne sera publié dans les 24 prochaines heures, soit jusqu'à demain, 19h20.

Ah, et aussi. J'emmerde tous ceux qui mêlent la politique à cette affaire. C'est dit. Merci.

Charlie, Expression and Freedom,

Mathilde ♥

PS : Aucun commentaire discriminatoire, injurieux, raciste, xénophobe ou politique ne sera toléré sur cet article. Au cas échéant, je ne chercherai pas plus loin et supprimerai.

3 janvier 2015

Les médecins ridicules : En coulisse avec Molière

Couverture Les médecins ridiculesLes médecins ridicules : En coulisse avec Molière

Titre : Les médecins ridicules : En coulisse avec Molière
Auteure : Laure Bazire
Editions : Nathan
Année de parution : 2014
Pages : 127 pages
Prix : 5,50 €

Résumé :

Paris, XVIIème siècle. Armand de Mauvillain se rend de toute urgence chez son ami Molière. Celui-ci est désespéré : Le grand Daquin, médecin du Roi, a finalement refusé de soigner son garçon, après lui avoir conseillé des remèdes dangereux ! L'enfant n'y survivra pas. Dès lors, Molière cherchera à se venger de Daquin et des mauvais médecins avec ses armes à lui : Le rire et la comédie...

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Samia et les éditions Nathan pour ce sympathique envoi !

Passionnée de théâtre, adorant l'oeuvre de Molière sans pour autant vraiment bien connaître l'homme, il fut donc naturel pour moi de demander ce petit ouvrage aux éditions Nathan. J'avais très envie de découvrir un peu mieux ce merveilleux dramaturge, et d'entrer dans ses coulisses... Néanmoins, si j'ai bien aimé ma lecture, je n'en sors pas aussi émerveillée que je l'aurais espéré...

Les personnages de ce court roman ont tous réellement existé. Le narrateur, Armand, médecin, a été un des plus proches amis de Molière, et nous guide ici à travers la Cour et ses menaces. Cet homme, bon et juste, m'a bien plu : Agréable, il n'avait pas peur d'apprécier le théâtre et ses comédiens, et faisait preuve d'une générosité impressionnante. Vraiment, il est quelqu'un de très bien. J'ai juste été un peu déçue de découvrir que c'était lui qui menait la danse, j'aurais préféré un narrateur externe. Même si ce point de vue est intéressant, je ne m'attendais pas à cela. Jean-Baptiste Poquelin est ici dépeint comme étant un homme torturé, dégoûté de la médecine, et qui ne sait plus à quel Saint se vouer. Parfois déterminé, cassant et puissant, parfois détruit, malade, soumis : C'est un homme au double visage que nous découvrons là. D'autres personnages plus secondaires sont également présents dans cette histoire : Daquin, médecin que je connaissais déjà de par mes nombreuses lectures sur le règne de Louis XIV et que je n'appréciais déjà pas beaucoup (Mais là, c'est encore pire !), le Roi-Soleil, homme que j'admire énormément et qui m'a toujours fascinée, et que j'ai pris plaisir à retrouver, fidèle à lui-même : Bon et droit. J'ai également redécouvert Racine sous un autre angle, qui m'a donné envie de creuser à son propos...

Le style est très accessible, puisque ce livre est un roman jeunesse. Ce n'est pas non plus totalement niais et immature, loin de là. Le récit passe vite, se lit bien. Les phrases sont recherchées et stylisées sans pour autant être trop complexes, ce qui donne une bonne aisance à la lecture. Le fond historique est très bien détaillé, on voyage vraiment au coeur du XVIIème siècle, aussi bien à la Cour dans dans les théâtres. Entre les lignes se glissent un brin d'humour, un brin de drame, un brin de poésie, un brin de morale : On voit donc de tout, et on profite de tout.

Le récit était, dans l'ensemble, pas mal. Ce livre est adapté au programme scolaire, par conséquent, (quasiment) constitué de faits réels et avérés, à forte portées historique et culturelle, comme le prouve d'ailleurs le dossier présent à la fin du texte. Attention, je ne dis pas non plus que l'auteure n'a rien imaginé : Elle précise d'ailleurs dans le dossier ce qu'elle a inventé. Mais j'ai été étonnée de voir qu'autant d'éléments étaient réels.. On suit donc Molière de 1664 à 1666, dans les années les plus "importantes" de sa vie. Nous suivons les naissances de Dom Juan, L'Amour médecin, Le Médecin malgré lui... On apprend beaucoup sur Molière, et notamment sur la source de cette hantise de la médecine. En débutant cet ouvrage, il ne faut pas s'attendre à une biographie du dramaturge, mais plutôt à comprendre son oeuvre, découvrir d'où tout est parti. D'ailleurs, ma déception est en partie due à ça : Je ne pensais pas remonter aussi loin, entre guillemets. Après, je ne dis pas que ce n'est pas intéressant, loin de là ! C'est juste déroutant. On apprend ainsi de nombreuses anecdotes sur la vie de ce grand homme, des plus futiles aux plus fondamentales. On le voit sous un jour nouveau, c'est plutôt surprenant. Ce bouquin est fait de hauts et de bas, le lecteur suit Molière dans les meilleurs moments comme dans les pires. Ceci permet toujours et encore de faire quelque peu la morale, de montrer les bons, et les mauvais côtés de la notoriété. Certains événements sont bien entendu plus approfondis que d'autres, insistant toujours plus sur la relation qu'entretenait Jan-Baptiste avec la médecine, et parfois, l'Eglise. Ce texte, même s'il est relativement fiable, a donc ses limites. Néanmoins, ça ne l'empêche d'être très riche ! Je garde seulement un goût amer, faute de ne pas avoir encore plus appris à propos de son jeu, par exemple, qui était plutôt mis de côté dans ce bouquin. Mais encore une fois, c'est une erreur de jugement qui m'a déçue, et non pas le contenu !

Ce roman ne s'achève pas en même temps que la vie de Molière, ce que j'ai trouvé un peu frustrant. J'aurais aimé encore apprendre, et exploiter, par exemple, les difficultés rencontrées lors de son enterrement. Je suis restée un peu sur ma faim, ce qui est assez frustrant. Cependant, je reconnais que la chute était très bien travaillée, et magnifiquement bien amenée. Très touchante, très vraie, c'était une superbe conclusion au périlleux parcours du dramaturge. Là, j'ai reconnu le Molière "cliché", je dirais. Quelques phrases ont suffi à conclure en beauté ce livre pas commun...

La couverture fait très enfantine, et ne m'inspire pas des masses, même si elle représente très bien le thème de l'histoire. En revanche, je trouve que le titre est une petite pépite. Il y a, évidemment, un jeu de mots avec le titre "Les précieuses ridicules", combiné au mot "médecin", ça rend super bien, et reflète parfaitement l'état d'esprit de Molière et du récit. J'achète ! (OK, cette référence "culturelle" était grave pourrie, je m'excuse.)

Au final, j'ai plutôt bien aimé ma lecture, même si j'ai été déçue de ses limites. J'aurais aimé plus de choses, plus de temps, plus de pages. Peut-être moins approfondir, mais au moins élargir un peu... Toutefois, cette lecture est à recommander pour de jeunes lecteurs qui ne connaissent pas vraiment bien ce génie, ou pour toutes les personnes qui souhaitent comprendre la pensée de Molière ! Mais ne cherchez pas plus en vous attaquant à ce petit ouvrage...
J'ai été déçue...
Mais...
J'ai bien aimé !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

Puis...

Livre reçu dans le cadre du partenariat avec les éditions Nathan. Merci à eux !

Fille des cauchemars Tome 1 : Anna

Couverture Fille des cauchemars, tome 1 : AnnaFille des cauchemars Tome 1 : Anna

Titre de la série : Fille des cauchemars
Titre du tome : 1. Anna
Auteure : Kendare Blake
Editions : Hachette (Black Moon)
Année de parution : 2014
Pages : 332 pages
Prix : 16,90 €

Résumé :

Il s'appelle Thésée Cassio Lowood. Exterminer les fantômes, c'est sa mission. Elle s'appelle Anna Korlov, "Anna à la robe de sang". Il traque, chasse, tue, sans remords. Elle extermine sans pitié ceux qui osent l'approcher. Pour lui, elle est une déesse de la mort ; pour elle, il n'est qu'une proie comme les autres. Pourtant, elle a décidé d'épargner sa vie...

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier les éditions Hachette et Matéïa pour ce très bel envoi !

J'avoue tout, j'ai été surtout intéressée par la couverture de ce roman. Le résumé, je ne me suis penchée dessus que lorsque j'ai reçu le bouquin. Je vous rassure, j'étais toujours tentée après ça. Mon instinct (Bon, d'accord, mes goûts iconographiques) a bien choisi, puisque ce premier tome a été une superbe découverte.

Les personnages sont très sympathiques. Le narrateur, Cas, est un adolescent brave, surprenant, et touchant. Même s'il a parfois un peu tendance à être prétentieux, son lourd passé et son grand coeur font de lui quelqu'un d'attachant. Le fantôme, Anna, m'a particulièrement plu. Ce protagoniste évolue énormément tout au long du roman, passant de l'ombre à la lumière. Au début, on s'en méfie, on la déteste, et petit à petit, on finit par la comprendre, par l'aimer. Je n'aurais jamais imaginé qu'elle cachait autant de choses... Carmel et Thomas, les deux amis de Cas, sont eux aussi très plaisants : Bien que très différents l'un de l'autre, ils se complètent tout à fait, et apportent à l'histoire une petite touche un peu plus douce, et mignonne. Un personnage m'a en revanche un peu agacée : La mère de Cas, un peu niaise et naïve, qui n'avait pas les épaules nécessaires à un tel récit...

L'auteure a un très bon style, qui passe très bien, et qui devient rapidement addictif. Sans être trop recherché ou compliqué, il vise surtout à effrayer le lecteur. Tout est calculé pour être le plus angoissant et vague possible, on frissonne, on erre et on se pose des questions... Pour que l'intrigue fonctionne, il fallait que l'univers imaginé soit solide, une seule faille dans le système et tout partait en vrille. Fort heureusement, tout est impeccablement contrôlé, il n'y a rien à dire, le surnaturel repose sur quelque chose de stable, qui a du sens, si je puis dire. Par contre, il faut souligner que tout ceci est plutôt complexe, et donc pas forcément accessible à tout le temps, notamment si vous n'avez pas envie de vous prendre la tête...

J'ai beaucoup accroché avec l'intrigue. Je ne suis pas super calée en surnaturel, j'arrivais un peu novice, et je me suis tout à fait faite au genre. Dès le début, nous sommes mis au parfum, et nous rentrons dans le vif du sujet. Bon, il ne faut pas être trop sensible avec ce genre de lecture : Tout est relativement cru, mais si ça reste vraiment supportable. J'ai néanmoins apprécié le fait qu'on ne tombe pas dans les gros clichés qui commencent, avouons-le, à devenir ringards. Bref, je disais donc qu'on va très rapidement découvrir en quoi consiste la drôle de vie de Cas. J'ai vraiment adoré sa première mission, sa première traque, qui, en plus de nous mettre dans l'ambiance, avait quelque chose d'original et de délicieusement sadique. Mais Anna et ses mystères prennent rapidement le grand rôle du bouquin, débute ainsi une épopée pleine de rebondissements et de suspense. Certes, certaines choses sont vraiment prévisibles (Coucou Saefiel, hein qu'on avait deviné des trucs ?), mais la plupart sont de vraies surprises. Il y a pas mal d'hésitations dans ce bouquin, mais aussi pas mal de sang. L'auteure parvient à trouver le juste milieu entre l'action et le blabla, ce qui est très appréciable. Tous les éléments essentiels pour un bon roman fantastique sont ici réunis, pour notre plus grand plaisir. Au début, l'histoire est relativement gore, sanguinaire, violente, et petit à petit, elle se fait plus réfléchie, plus sombre, mais plus sensible, et l'enjeu change totalement. Lorsque tout se précise, que les péripéties s'enchaînent à un rythme soutenu, le lecteur ne peut tout simplement plus lâcher le livre. Les idées, qui étaient bonnes jusqu'à présent, deviennent excellentes, et le côté un peu mystique qui se met en place, l'arrivée du vaudou, tout ça permettent au bouquin de monter en puissance. Le paranormal écarte tous les autres aspects du bouquin, excepté un que je ne nommerai pas pour ne rien spoiler. On sent qu'on est au paroxysme du fantastique, et puis...

La fin arrive. J'avoue qu'elle m'a un peu déçue, je m'attendais à autre chose. Ca devient assez rapide, facile, Cas et ses coéquipiers ne semblent, en toute sincérité, plus servir à grand chose. Survient alors un événement qui m'a faite rester coite. J'avais l'impression soit d'avoir des pages en trop, soit d'avoir des pages en moins. Il m'a manquée quelque chose pour ne pas rester sur ma faim, ce qui est un peu dommage. Bien entendu, j'ai tout de même très envie de lire le prochain tome, et suis intriguée. Mais je ne suis pas persuadée qu'il s'agissait du meilleur chemin à prendre pour annoncer la suite... A voir, donc.

Je suis, je l'ai déjà dit, dingue de la couverture. J'aime énormément les couleurs, les reliefs. De plus, l'illustration correspond parfaitement à la description faite d'Anna dans le bouquin, la maison dans le fond est celle que je m'imaginais. C'est sombre et beau : Comme l'ouvrage. Le titre de la série me plaît bien également, il est intrigant et symbolique. Je suis moins emballée par le titre du tome, on ne peut pas vraiment dire que ce soit très recherché... M'enfin, on ne peut pas tout avoir !

En conclusion, il s'agit d'une très belle lecture, que j'ai adoré, malgré une issue qui ne m'a pas totalement convaincue et m'a rendue sceptique. Toutefois, à côté de cela, l'univers et les personnages sont excellents, la plume est riche et le récit captivant, ce qui rattrape ce détail. Je vous recommande vivement ce premier tome si vous appréciez les histoires de chasse aux revenants, pleines de mystères et d'ambition, et vous donne rendez-vous pour le prochain tome !
J'ai adoré !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

    

Livre reçu dans le cadre du partenariat avec le site Lecture Academy et les éditions Hachette. Merci à eux !