22 février 2015

Le Livre de Perle

Couverture Le Livre de PerleLe Livre de Perle

Titre : Le Livre de Perle
Auteur : Timothée de Fombelle
Editions : Gallimard (Jeunesse)
Année de parution : 2014
Pages : 297 pages
Prix : 16 €

Résumé :

Il vient d'un monde lointain auquel le nôtre ne croit plus. Son grand amour l'attend là-bas. Aura-t-il assez de toute une vie pour trouver le chemin du retour ? Ceux qui l'ont banni sont résolus à l'en empêcher.


Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier les éditions Gallimard Jeunesse pour cet envoi !

Timothée de Fombelle est un auteur que j'apprécie beaucoup. J'étais donc ravie en recevant ce livre, et m'y suis plongée assez confiante. Mais voilà, au bout de 30 pages, j'ai l'impression de lire du chinois, je ne suis pas du tout dedans, lire devient une torture. J'abandonne donc, avec la ferme intention de m'y remettre plus tard, pensant être dans une mauvaise passe. Quelques mois plus tard, je recommence donc ma lecture. Et pour tout vous avouer, s'il n'avait pas été un service presse, j'aurais définitivement abandonné.

J'ai eu beaucoup de mal avec les personnages. Je pense qu'ils étaient intéressants, riches et originaux. Malheureusement, je n'ai absolument pas réussi à m'attacher à eux, et encore moins à m'identifier en eux. J'avais beaucoup de mal à comprendre qui était le narrateur, qui était qui. C'est terrible, car je suis tout bonnement incapable de vous donner mon ressenti sur chaque personne, car je n'ai jamais réussi à rapprocher les noms et les caractères. Je sais qu'un petit garçon, qui, par la suite, grandit, m'a bien plu, a su me toucher et me captiver. Je sais qu'un homme, très froid, très mystérieux, ne m'a pas vraiment séduite, car je ne parvenais pas à le cerner. Je salue tout de même la créativité et l'imagination de l'auteur pour inventer  les créatures présentes dans ce bouquin, les dompter. Mais j'ai cruellement manqué de détails et d'explications pour bien suivre leurs aventures.

Le style est donc un gros problème pour moi. Je n'ai pas retrouvé la féerie que j'avais tant aimée dans Tobie Lolness par exemple, tout bonnement parce que je ne saisissais rien dans ce que je lisais. Sans nul doute, il y avait de belles et grandes idées. Mais j'ai malheureusement eu le sentiment que l'auteur vivait trop son univers, le visualisait trop bien, et en oubliait que son lecteur, lui, avait besoin d'une représentation parfaite de ce qu'il imaginait. Du coup, je me suis terriblement ennuyée pendant toute ma lecture. On devinait à peu près les grandes lignes du bouquin, mais il manquait tellement de choses... Clairement, pour un roman jeunesse, c'est bien trop complexe. Mais même à 16 ans passés, j'étais totalement perdue dans ce texte qui partait dans tous les sens. Je n'ai de ce fait ressenti aucune harmonie, aucune poésie, et c'est bien dommage.

Il est donc difficile de vous parler de l'intrigue, puisque j'ai eu beaucoup de mal à la cerner. En fait, au début, au cours des 100 premières pages, ça allait à peu près. Sincèrement, le récit semblait clair, limpide, on suivait sans problème. La logique entre les différentes parties du texte n'est pas totalement explicitée, mais elle se comprend bien, et donne vraiment envie d'en savoir plus. C'est vrai, à l'initiale, j'étais convaincue, intéressée. Il y avait une délicatesse et une sensibilité adorables dans les mots soigneusement choisis par l'auteur. C'était très appréciable, et j'étais persuadée que j'allais terriblement m'attacher à cette lecture. Et puis, petit à petit, j'ai déchanté. J'avais de plus en plus de mal à m'intégrer dans l'histoire, à être captivée par ce qui se disait. J'avais l'impression de passer du coq à l'âne, je croyais avoir manqué des pages, mais non. Plus je m'enfonçais dans le récit, moins je comprenais. Pour dire vrai, j'en étais rendue à un stade où je souriais béatement quand je comprenais quelque chose. Pour moi, ce bouquin était comme protégé par une certaine pudeur, qui empêchait le lecteur de se sentir chez lui. C'est très étrange, mais en lisant, j'avais le sentiment de déranger, que l'auteur ne voulait justement pas qu'on s'intéresse à son oeuvre. Je me sentais plutôt mal à l'aise. Après, il y a des éléments que j'ai trouvé fantastiques, comme le magasin de guimauves, qui faisait simplement rêver, ou la chasse au trésor de l'homme (Bin oui, je n'ai toujours pas trouvé son prénom, que voulez-vous.) avec toutes ses pépites si singulières. J'aurais véritablement adoré l'histoire si elle avait été plus ouverte. Mais voilà, là, ce n'est pas le cas. Pourtant, elle abordait également des sujets auxquels je suis, en temps normal, sensible, comme la Seconde Guerre Mondiale. Mais c'était fait de façon bien trop abstraite, j'avais faim de concret, besoin de quelque chose pour me raccrocher. Car dans l'univers si vaste et flou imaginé par l'auteur, on peut facilement se noyer, et ce fut mon cas. Je suis probablement trop terre-à-terre, trop accroché à la réalité, mais je n'ai pas réussi à embarquer pour ce voyage proposé par De Fombelle. Pour vraiment m'abandonner aux pages d'un roman, j'ai besoin d'en connaître les moindres détails, même les plus futiles, d'être sûre de ce que je vais découvrir, d'avoir un filet en dessous pour ne pas tomber dans un monde inconnu, et là, je me suis clairement prise un mur invisible en pleine face. Et impossible de le contourner pour voir ce qu'il y avait derrière...

La fin m'a laissée perplexe. Je dois admettre que j'ai bien cru qu'elle allait remonter le niveau, parce qu'elle partait très bien. Elle était comme je les aime, à savoir assez sombre, mais avec un soupçon de lumière, d'espoir. J'ai eu une très belle surprise, plus d'action, plus de concret. J'avais enfin l'impression de comprendre, de véritablement prendre part au récit. Tous les éléments étaient réunis pour bien conclure ce bouquin un peu trop bancal. Et puis voilà, une seule phrase et tout s'effondre, l'épais brouillard qui commençait à se lever retombe, et on est reparti pour un tour de manège, manège qui va tellement vite qu'on ne peut voir nettement le paysage, notre vue est brouillée. C'est tellement dommage... Car encore une fois, le récit m'a perdue. Dans les toutes dernières lignes, j'ai quand même réussi à saisir quelque chose qui m'a bien plu. Pas forcément très original, mais très poétique, et surtout compréhensible. Sauf que ça n'a pas malheureusement pas suffi à me faire aimer cette chute, et qu'il manquait encore beaucoup trop de choses pour en faire une issue qu'on peut à peu près cerner.

Le titre est très doux, joli. Il est aussi surprenant, notamment vis-à-vis du mot Perle. Je ne m'attendais pas du tout à devoir le comprendre comme ça, mais ça sonne encore mieux ainsi. Il intrigue beaucoup, et représente très bien le livre. Pour ce qui est de la couverture, elle est indéniablement totalement en harmonie avec le texte, pleine de symboles et de couleurs. Néanmoins, je n'ai absolument pas craqué pour ce style d'illustrations, et ne suis donc pas plus emballée que ça. Mais ce ressenti est très personnel, car je reconnais pleinement le travail éditorial qu'il y a derrière !

Voilà donc une chronique négative, à mon grand regret. J'avais vraiment envie d'aimer ce livre, et lui ai donné plusieurs chances, mais ça ne l'a pas fait. Il plaira sans doute plus à ceux qui aiment le rêve, la poésie et la féerie. Mais si vous avez besoin, comme moi, d'être sûr d'avoir tout compris, et d'évoluer dans un univers qui vous parle et que vous pouvez sans problème vous représenter, passez votre chemin. Une déception donc, qui ne m'a absolument pas parlé !
Je n'ai pas aimé...
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

Et...

Livre reçu dans le cadre du partenariat avec les éditions Gallimard Jeunesse. Merci à eux !

16 février 2015

Aux délices des anges

Couverture Aux délices des angesAux délices des anges

Titre : Aux délices des anges
Auteure : Cathy Cassidy
Editions : Nathan
Année de parution : 2014
Pages : 212 pages
Prix : 14,90 €

Résumé :

Je m'appelle : Anya
Mon âge : 13 ans
Je suis : Tout juste arrivée de Pologne
Mon style : Vieil uniforme acheté d'occasion
Je rêve : De commencer une vie géniale en Angleterre
Mon problème : Rien ne se passe comme prévu, ni la vie en Angleterre, ni ma relation avec Dan, ce garçon rebelle pour qui je craque malgré moi...

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Samia et les éditions Nathan pour cet envoi tout mignon !

Aaaaah, Cathy Cassidy ! Cette auteure, vous la connaissez très probablement, notamment pour sa série Les filles au chocolat. Personnellement, cette série me tente énormément, j'ai plusieurs tomes dans ma PAL, mais je n'ai jamais eu l'occasion de me lancer. Je n'ai donc pas fait dans l'ordre logique, puisque j'ai commencé par son dernier-né. Au final, j'ai plutôt bien aimé cette petite histoire, même si je ne suis pas convaincue à 100%.

Les personnages sont plutôt attachants, même si j'ai eu un peu de mal au début. La narratrice, Anya, est une jeune fille très (Trop ?) mature, un peu fleur bleue, qui n'a pas une vie facile, mais qui fait preuve d'une générosité et d'une bonne volonté admirables. Sa jeune sœur, Kazia, est adorable, avec toute l'innocence d'une enfant bercée d'illusions. Un autre personnage se montre très mature dans cette histoire : Dan. Ce jeune garçon mystérieux, un brin lunatique, reste malgré tout très charismatique. N'oublions pas les deux compères d'Anya, Kurt et Frankie, joyeux lurons très divergents l'un de l'autre qui complètent à merveille cette petite troupe. On a donc effectivement une très grande majorité de personnages jeunes, mais aussi relativement matures, ce qui permet un bon équilibre entre leur âge et leur sagesse, et qui empêche le bouquin de tomber dans le trop "jeunesse".

Le style est très agréable, se lit très vite et très facilement. Il y a une bonne dose d'humour, mais également de sérieux, grâce à plusieurs sujets sensibles abordés de façon très pertinente. Petit bémol cependant au niveau du rythme : Le début est très long à démarrer par rapport à la fin qui, elle, semble se dérouler en accéléré. Néanmoins, l'écriture reste de qualité, avec de bonnes idées et une approche presque pédagogique de ces fameux sujets sensibles. La narration à la première personne permet un attachement total à l'histoire des personnages, et laisse le jeune lecteur s'identifier à Anya. Globalement, les choix de l'auteure sont très judicieux et s'harmonisent parfaitement avec l'état d'esprit du récit.

L'intrigue est aussi très intéressante, mais je suis un peu plus partagée. Disons qu'en fait il y a du très bon, et du un peu moins bon. L'idée de départ, l'immigration en Angleterre, m'a beaucoup plu. Je ne m'attendais pas du tout à cela au vue des donuts de la couverture, et c'est une surprise très agréable. Ce thème est très bien approfondi, et m'a très fortement rappelé mes cours d'Histoire/Géographie. On sent ainsi beaucoup d'authenticité dans les faits relatés par l'auteure, la difficulté de l'arrivée dans un nouveau pays, l'intégration des familles grâce aux enfants et à l'école... Cathy Cassidy met un point d'honneur à montrer le positif et le négatif de ces départs, sans exagérer ou minimiser. Cette partie du bouquin est donc, d'après moi, une belle réussite. Bien entendu, il y a également, dans cet ouvrage, une romance. Avec des personnages aussi jeunes, elle pouvait vite tourner au ridicule, mais pas du tout. Elle est toute délicate, avec parfois des passages plus corsés, et apporte à cette dure histoire un peu de douceur. En revanche, je n'ai pas été convaincue par le passage du noir au blanc. Je m'explique. Dans ce roman, le dénouement est trop simple, les problèmes trop facilement résolus. Il y a un écart trop important entre le début et la fin du récit, la progression est mal amenée. Ceci fait perdre de son réalisme au texte, ce qui est véritablement dommage. Ca casse un peu l'ambiance...  Certes, c'est un roman jeunesse, on ne peut donc pas faire le même travail qu'avec un livre pour adulte, mais ça n'excuse pas tout. Il aurait fallu soit quelques pages de plus, soit remodeler totalement le texte. Malgré cela, on passe un très bon moment, on pleure, on rit, on déguste. C'est un très beau voyage qui nous est ici offert, j'ai beaucoup appris sur les us et coutumes polonais, c'est très enrichissant. En plus de cela, l'ambiance de Noël décrite par l'auteure est fabuleuse, elle fait rêver, et je ne parle même pas de tout l'aspect culinaire si gourmand du livre ! Aucun doute, c'est très bien réussi. Et ça va en émerveiller plus d'un.

Comme j'ai déjà commencé à le dire, la fin est mignonne, sonne bien, mais elle est trop belle pour être vraie. Elle fait trop happy end, et perd beaucoup en crédibilité. Heureusement, on s'attend forcément à une chute de ce genre, le "choc" n'est donc pas trop dur. Mais justement, j'aurais aimé être surprise. Ce point mis à part, c'est une jolie conclusion qui est ici écrite, qui ne laisse pas le lecteur sur sa faim, ce que je craignais un peu. Au contraire même, j'ai été agréablement surprise de constater que certains éléments de cette issue étaient très réfléchis et matures, ce qui rattrapait un peu le coup de la happy end. Il est cependant dommage qu'ils n'aient pas été plus approfondis... OK OK, j'arrête de râler !

La couverture est à croquer (Jeu de mots pourri, excusez-moi, il est tard.), avec de superbes couleurs, elle attire l'oeil et donne envie de s'intéresser au roman. De même pour le titre, qui est lui, alléchant, (D'accord, cette fois-ci j'arrête vraiment.) et interpelle aussi. Mais je ne suis persuadée qu'ils représentent vraiment très bien le contenu de l'ouvrage... Certes, il y a un lien, mais il est selon moi trop léger...

Cette lecture est donc plutôt sympa, elle se laisse lire et vous fait passer un très bon moment. Grâce à beaucoup d'authenticité et de merveilleuses descriptions, un sublime voyage vous est assuré... Mais ça ne reste clairement pas de la grande littérature, et mieux vaut ne pas s'attendre à quelque chose de recherché ou de très travaillé ! Elle conviendra probablement plus à des lecteurs de moins de 12 ans maximum. Maintenant, j'ai tout de même hâte de me plonger dans la série Les filles au chocolat !

Et au passage, désolée pour cette chronique qui ne me plait pas du tout, j'ai l'impression de parler pour ne rien dire, mais j'en avais vraiment marre de la recommencer, alors la voici avec toutes mes excuses !
J'ai bien aimé !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

Puis...

Livre reçu dans le cadre du partenariat avec les éditions Nathan. Merci à eux !

11 février 2015

100 000 pages vues, 100 000 mercis ♥

Lecteurs, lectrices, 

Les vacances sont là pour moi, et j'en profite donc pour dormir le plus possible, n'en n'ayant pas vraiment l'occasion en temps scolaire. 
Bon, jusque là, vous vous en fichez totalement, on est d'accord.

Ce n'est donc que sur les coups de 13h (Si si) que j'ai découvert CECI :


Pour les non-blogueurs, il s'agit d'un extrait de l'envers du décor, autrement dit du Tableau de bord Blogger du blog.

Bon, je ne vais pas baratiner durant trente lignes.

On a passé aujourd'hui, sur le blog, les 100 000 pages vues depuis sa création.

Oui, c'est peu pour certains.
Oui, il a fallu plus de temps que d'autres.

Mais ce palier est atteint, et je suis tellement heureuse et fière de vous, de nous !

Alors je vous remercie plus de 100 000 fois, parce que je ne vous le dis pas assez souvent, mais tout ceci est arrivé grâce à vous, et continue grâce à vous.

Love, books and happiness,

Mathilde ♥

L'Etranger

Couverture L'étrangerL'Etranger

Titre : L'Etranger
Auteur : Albert Camus
Editions : Folio
Année de parution : 2005
Pages : 120 pages
Prix : 5,80 €

Résumé :

"Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s'est ouverte, c'est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j'ai eue lorsque j'ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n'ai pas regardé du côté de Marie. Je n'en ai pas eu le temps parce que le président m'a dit dans une forme bizarre que j'aurais..."

Mon opinion personnelle :

Tout le monde connaît ce roman, au moins de nom. J'ai eu à le lire pour les cours (1ère L, Français), et me suis donc plongée dans cette lecture assez enthousiaste et curieuse. Au final, je ne dirais pas que j'ai été déçue, mais j'ai moins apprécié que je ne l'espérais.

Le narrateur, Meursault, est spécial. OK, disons-le, il est carrément glauque. Très particulier, très blasé et détaché, il a plutôt tout d'un anti-héros. Bien entendu, c'est fait exprès. Mais c'est très déstabilisant, parce qu'on ne sait absolument pas dans quel sens le prendre. Ce protagoniste, censé paraître antipathique, m'a beaucoup plu. J'ai trouvé en lui quelque chose de touchant, de réel. Il en deviendrait presque drôle, tant il semble désabusé. Sa compagne, Marie, est, en apparence, plus normale. Pimpante, joyeuse, elle apporte à cet étonnant couple un peu de dynamisme. Néanmoins, elle est elle aussi assez étrange : Naïve ou conciliante, on ne sait jamais trop. Je souhaite juste parler d'un autre personnage, Raymond. Alors lui... Il est l'homme grossier type, orgueilleux, mauvais. Il m'a vraiment marquée, à cause de sa cruauté et de son hypocrisie. Si tout le monde dans cet ouvrage est à peu près sympathique, lui, il semble avoir pris pour tout le monde, clairement.

Le style de Camus est très intéressant. Il regorge de procédés stylistiques ; on sent que chaque mot est mûrement réfléchi avant d'être couché sur le papier. Néanmoins, la lecture n'est pas lourde ou compliquée. Elle reste fluide et accessible, captivante, avec un rythme excellent. Plutôt court, cet ouvrage se déguste et laisse beaucoup à penser. Il n'y a pas énormément d'action, cependant, il est impossible de s'ennuyer, car chaque élément est lourd de sens. Je ne sais pas très bien l'expliquer, mais il y a tant de logique, qu'on se plie immédiatement à l'écriture de Camus. Ce texte est loin d'être singulier, il est au contraire hors du commun, mais à la lecture, il est si bien mis en valeur qu'il en paraît presque "normal", et se rend ainsi étonnement simple.

L'intrigue est, selon moi, assez surprenante. Je ne m'attendais pas vraiment à cela. Elle est relativement sombre, la mort est omniprésente. En effet, le ton est donné dès la première phrase, et ce côté légèrement morbide restera jusqu'à la fin. L'histoire est divisée en deux parties, l'avant, et l'après. Personnellement, c'est la première qui a le plus retenu mon attention. Celle-ci aborde de nombreux "problèmes" de société, tels que la violence domestique, le mariage, la vengeance... Rien de bien gai, plutôt beaucoup de sérieux. Normalement. Mais en réalité, dans ce bouquin, tout est traité avec une nonchalance frappante. Rien n'a l'air d'être important ou émouvant, pas plus que le fait de croquer dans une pomme. C'est assez décontenançant, mais ça fonctionne très bien. L'hypocrisie du conformisme social est ainsi explicitée, et dénoncée. A côté de cela, il y a aussi le récit d'une vie. Sa simplicité. On découvre le quotidien de Meursault, là-bas, en Algérie, et on se rend compte à quel point la vie est faite d'illusions, de faux-semblants. Certains passages m'ont fortement marquée, comme par exemple celui sur le vieux Salamanco et son chien. J'ai trouvé qu'il avait une résonance conséquente, comme une poigne de fer qui vous maintient et vous force à ouvrir les yeux. La deuxième partie est bien plus délicate. Elle s'apparente plus à un huis-clos, et se concentre ainsi plus sur l'état d'esprit de Meursault que sur ses actes. La particularité du narrateur est bien de ne jamais accorder de l'importance ou de la considération à quoi que ce soit, de ne jamais exprimer la moindre émotion ou le moindre avis. Seuls ses faits et gestes sont consignés, comme un programme récité. Alors, dans un lieu fermé, avec très peu d'actions, et un homme amorphe, qu'allons-nous avoir à lire ?! Curieusement, il y a tout de même de la matière. C'est toute la magie de ce texte. Il y a toujours quelque chose d'intéressant à lire, quelle que soit la situation. On est ici plus dans une phase de réflexion, de remise en question. Après en avoir pris plein la figure, le lecteur peut songer, prendre du recul. C'est donc une autre forme d'intrigue, pertinente à sa manière.

Que dire de la chute ? Elle est, à l'image du reste, déstabilisante. Et pas drôle du tout. Encore une fois, c'est amené avec tant de détachement, de banalité, que c'en est presque effrayant. Tout s'accélère, mais il reste encore quelques détails à régler. Quelques thèmes que Camus n'avait pas encore abordés, et qui, pourtant, ont leur part de responsabilité dans la fausseté de notre société. Le livre s'arrête un peu avant sa véritable fin. C'est curieux de dire cela, mais c'est vrai ! Je pensais qu'on irait encore plus loin, mais non. Finalement, c'est bien comme ça. On ne peut pas dire qu'il s'agit d'une fin ouverte, mais on ne peut pas dire qu'elle est close non plus. C'est un équilibre assez fragile entre les deux, qui offre au lecteur une fin de lecture plus brutale. Ainsi, l'esprit est plus marqué. On ne peut pas oublier ce roman, pour la simple et bonne raison qu'il n'apparaît pas véritablement achevé, et qu'il continue forcément de vous hanter.

De toute évidence, le titre reflète parfaitement bien le texte. Simple et direct, il annonce la couleur, et sonne comme une mise en garde. J'ai, en revanche, vraiment du mal avec cette couverture. Edward Hopper est un peintre que je n'apprécie vraiment pas, surtout depuis que je me suis endormie devant le film Shirley. C'est très personnel comme ressenti, mais en plus de ça, j'ai du mal à saisir le lien... Bref, ce n'est pas ma couverture préférée dans toutes celles qui existent pour L'Etranger.

Ce roman est donc une belle découverte, un classique que tout le monde devrait lire. Il y a un fond très prenant, une morale flamboyante. Même s'il est particulier, cet ouvrage traite de notre société à tous, nous concerne tous. Certes, j'espérais autre chose, plus de péripéties par exemple, mais ce livre n'en reste pas moins cinglant. A lire, vraiment !

J'ai bien aimé !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

2 février 2015

Pour une liberté

Couverture Pour une libertéPour une liberté

Titre : Pour une liberté
Auteur : Mathieu Mériguet
Editions : Auto-édition
Année de parution : 2014
Pages : 393 pages
Prix : 14,98 €

Résumé :

Quentin vit avec sa fiancée en banlieue parisienne. La vie est morose, il est temps de rentrer à la propriété familiale, une vaste bâtisse située dans le sud de la France, perdue dans la forêt. Paul, son frère, veille sur la propriété en attendant le retour de Quentin. Bûcheron de métier, il vit loin de la civilisation, à l’abri de ses dangers. Il est en communion totale avec la nature, qui lui permet de trouver le repos qu’il cherche. Mais Paul se montre mystérieux depuis quelques mois. Il est distant, et les rumeurs courent à son sujet. Au village, tout le monde redoute Paul, cet ermite robuste et solitaire, qui agit avec une obsession grandissante. Mais plus que tout, c’est la propriété qui inquiète, cette immense maison perdue dans les bois, qui porte dans ses murs un lourd passé. Quel mystère cache donc la forêt ? Que va découvrir Quentin une fois sur place ?

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Mathieu Mériguet pour ce très bon envoi !

Cet été, j'ai eu la chance de découvrir l'univers de l'auteur par la lecture de son précédent ouvrage, Engrenage. J'avais été totalement charmée par son originalité, c'est pour cela que lorsqu'il m'a proposé la lecture de son dernier bouquin, j'ai tout de suite accepté. Pauline de Perfect Readings m'a proposé une lecture commune autour de ce livre, et je me suis ainsi lancée. A présent, je suis ravie de vous dire que j'ai également adoré ce roman.

J'ai bien apprécié les personnages. C'est assez particulier, car ils ne sont pas attachants, en fait, on ne les apprécie pour ce qu'ils sont, mais pour la façon dont ils sont travaillés. Le narrateur, Quentin est un homme un peu particulier. Assez froid, j'ai eu le sentiment d'un personnage bipolaire, qu'on n'arrivait jamais à cerner. Il peut se montrer détestable et généreux à la fois, mais, après réflexion, je pense qu'il est tout simplement hypocrite. J'accrochais pas mal avec sa fiancée, Caroline, qui me faisait plutôt pitié, jusqu'à un certain stade, où là, on ne sait plus trop que penser d'elle. Paul, le frère de Quentin, possède lui aussi un double visage, on apprend petit à petit à le découvrir. En réalité, je trouve que cet ouvrage est énormément basé sur l'évolution des personnages, et de leurs relations...

Encore une fois, le style est incroyable. Dès le début, j'ai été captivée par l'écriture, je ne pouvais plus lâcher le bouquin. Même s'il n'y a pas, dans les premières pages, énormément d'action, on a envie d'en savoir plus, toujours plus. Certes, il reste quelques longueurs à certains moments, quelques redites assez inutiles. Mais il y a un véritable potentiel à exploiter, car l'auteur sait trouver les mots pour nous surprendre, nous faire languir, ou nous révolter. Il parvient à conserver un excellent suspense, et déniche des idées stupéfiantes. La lecture est facile, accessible, très agréable, bref, c'est un des meilleurs points de ce livre.

L'intrigue était très intéressante. L'histoire s'installe progressivement, on ne sait pas exactement dans quoi on s'embarque, mais on suit le rythme, confiant. Tout au long du récit, l'auteur prend son temps, il ne précipite pas les choses et préfère expliquer en détails des situations complexes que de perdre son lecteur, ce qui est très appréciable. C'est en fait un thriller, ce qui nécessite des ingrédients qui sont ici respectés. Tout d'abord, il y a beaucoup de travail au niveau de la psychologie, aussi bien auprès des personnes qu'auprès du lecteur. Manipuler les esprits, les torturer, pour ça, Mathieu sait très bien s'y prendre. L'angoisse est ici au coeur du texte, on se pose mille et une questions, on a le coeur qui bat. Jusqu'au bout, rien n'est limpide, l'histoire se fait toujours plus sombre. Nos nerfs sont clairement mis à rude épreuve, c'est tout simplement délicieusement sadique. Certains éléments du récit se devinent aisément, deviennent presque des évidences. Mais à côté de ça, il y a des points qui sont véritablement incroyables. Je suis toujours aussi épatée par les idées si particulières qu'a l'auteur. C'est assez tordu tout de même, et je serais curieuse de savoir d'où il sort tout ça ! Bien entendu, cette originalité est excellente. Sauf qu'il n'y a pas que ça, il y a aussi l'audace du texte. C'est encore une fois osé, politiquement incorrect, mais captivant, et c'est ce qui fait sa force. Bon, j'avoue tout de même qu'après Engrenage, je m'attendais à être encore plus surprise... C'est ce qui fait, selon moi, que ce livre est un tout petit en dessous du précédent. J'aurais aimé encore plus de folie... Après, là, on est quand même bien servi niveau prise de risques, mais je pense qu'il y avait moyen d'aller encore plus loin. Ce bouquin est plus ou moins divisé en deux parties, l'avant et l'après. Quoi, ça je ne vous dis pas. Toujours est-il que plus les pages se tournent, plus elles renferment un petit côté pervers très séduisant. J'aime ces récits qui changent, qui peuvent choquer. Ils ne cherchent pas particulièrement à être crédibles à 100%, mais plus à innover. Dans celui-ci, on enquête avec Quentin, on ressent ce qu'il vit, et même si tout n'est pas parfait, on effectue un fantastique tour de montagnes russes grâce à une écriture prenante. C'est ce que je recherche quand je lis un ouvrage : Je ne veux pas que tout soit calculé au détail près, je veux juste qu'on me surprenne et qu'on retienne mon attention. Et là, la mission est remplie.

On est donc lancé dans un délire assez spécial, on s'emballe, et puis, d'un coup, tout retombe. Sur le coup, je ne comprenais pas ce choix, cette rapidité, j'avais un peu l'impression que l'auteur était pressé de finir son bouquin. La fin se dessine, bon, bien, c'est intéressant, mais un peu terne par rapport au reste. Ca me semblait bien trop facile, il y avait forcément un piège... Mais non, rien ne venait. Je ne me suis pas résignée pour autant, ayant déjà lu du Mériguet, j'avais comme un pressentiment... Mais je ne m'attendais pas du tout à ce qu'il advienne finalement CECI (Mais je ne vous dis pas quoi bien entendu.) C'est super bien trouvé, ça apporte tout de suite beaucoup plus de relief à la chute, et c'est digne des meilleures fins de thriller. J'ai adoré !

Le titre reflète bien l'histoire, elle donne un avant-goût plutôt intéressant. Je suis en revanche moins emballée par la couverture qui, certes, est tout à fait en harmonie avec le texte, mais qui, selon moi, contraste trop avec certains éléments du récit, et fait trop retouchée. Mais l'habit ne fait pas le moine !

En conclusion, il s'agit d'une très bonne lecture, qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui m'a convaincue. Je vous la recommande très vivement si vous cherchez quelque chose qui sort de l'ordinaire. Avec un très bon style et des idées qui se démarquent, vous serez à coup sûr séduit. Ce roman prouve une fois de plus que Mathieu Mériguet est vraiment un auteur à suivre de très près... A lire !
J'ai adoré !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

Livre reçu grâce à l'auteur, Mathieu Mériguet, merci à lui !

Lien vers la chronique de Pauline, qui a elle un avis bien plus mitigé que le mien : Ici !