28 mars 2015

Toutes ces choses qui nous échappent

Couverture Toutes ces choses qui nous échappentToutes ces choses qui nous échappent

Titre : Toutes ces choses qui nous échappent
Auteure : Wendy Wunder
Editions : Hachette
Année de parution : 2015
Pages : 346 pages
Prix : 15,90 €

Résumé :

Certains ont des soeurs, des cousins. Moi, j’ai Zoe. Depuis l’année de nos sept ans, j’ai un talent pour veiller sur elle et la protéger de ses coups de tête excentriques. En tout cas jusqu’ici j’arrivais toujours à la canaliser. Cette fois, c’est plus compliqué : Zoe veut partir, quitter le trou où on vit. Elle dit qu’elle a besoin de prendre la route et de nous éloigner de nos vies minables ; qu’elle refuse d’être considérée comme folle. Je vais suivre Zoe. Parce que je dois l’aider à recouvrer son état normal. Parce qu’elle est la seule personne sur qui je puisse compter dans ce monde. Et je me dis qu’elle a raison : on doit partir pour apprendre toutes ces choses qui nous échappent et dont nous avons tant besoin : l’audace, l’insouciance et, qui sait, peut-être même le bonheur…

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Betty et les éditions Hachette pour cet envoi surprenant !

Après avoir adoré l'excellent La fille qui ne croyait pas aux miracles de la même auteure, je ne pouvais pas passer à côté de son nouvel ouvrage. J'étais donc très confiante en le débutant. Et effectivement, j'ai adoré.

Les personnages sont très étonnants, très touchants. La narratrice, Hannah, est une adolescente banale, discrète, que la vie n'a cependant pas ménagée. Déterminée, très mûre, parfois sarcastique, on s'attache facilement à elle, et on apprend à mieux la découvrir à chaque page tournée. Sa meilleure amie, Zoe, est une jeune fille cultivée, au physique de déesse, pleine de fougue et d'ambitions, qui n'a pas la langue dans sa poche. Aux premiers abords, elle est très extravagante. Mais, lorsqu'on la découvre un peu plus, on la comprend... Autre personnage marquant, Noah, le petit frère de Zoe. Handicapé, terriblement attachant, brillant, il apporte au roman énormément de douceur et de bonté. Ah, et il faut également vous parler du fameux Danny... Un adolescent charismatique, un brin lunatique et difficile à cerner, mais qui cache, sans aucun doute, un très grand coeur.

Sans grande surprise, le style de l'auteure est toujours aussi bon. Dès le début, elle parvient à captiver le lecteur, elle sait trouver les mots justes pour le sensibiliser à son histoire. Elle instaure un bon rythme, avec, de temps à autre, quelques lenteurs heureusement bien vite oubliées. Son écriture est très moderne, pleine d'humour et d'émotions, et met parfaitement en avant les valeurs de l'ouvrage. Elle souligne discrètement, grâce à de très belles figures de style, la beauté des choses simples, et conduit à une profonde réflexion. En restant simple, mais efficace, elle rend son roman délicieux.

L'intrigue est... Surprenante. J'avoue que je ne m'attendais pas du tout à cela. Mais c'est dans le bon sens, car le contenu du livre est mieux que ce que j'imaginais. C'est donc, au premier coup d'oeil, l'histoire d'un road trip entre amies à travers les States. Mais, à ma grande surprise, ce départ en voiture a lieu assez loin dans le texte. Néanmoins, ce qui se passe avant est loin d'être ennuyeux ou inutile. En effet, l'auteure prend bien le temps de dévoiler ses personnages, son univers. Elle aborde des thèmes auxquels on ne s'attend pas, mais qui sont géniaux. On va de l'alcoolisme au handicap, en passant par la bipolarité. Et c'est ici toute la beauté du bouquin. Grâce à ce sujet délicat, le livre prend une toute autre tournure, un tout autre aspect qui offre au lecteur un regard neuf sur le monde. Il est comme un prétexte pour lâcher prise, pour se permettre mille et une révélations, pour changer. Bien entendu, il y a une histoire d'amour. Elle n'est pas au centre du récit, y apporte tout de même une certaine sensibilité, mais est surtout un lien entre la "folie" des deux adolescents, et le sérieux du monde. Elle permet de raccrocher les deux univers : Le nôtre, et le leur. Sans qu'on ait le temps de s'embêter, les deux filles partent à l'aventure. C'est puissant, c'est beau, c'est totalement décousu, c'est parfois difficile à suivre. Mais c'est un véritable trésor qu'elles nous offrent, comme une sorte de voyage par procuration. Elles osent, elles vivent. Leur trip dégage tellement de bonne humeur, leur amitié est si intense, leurs idées si loufoques... L'espace de quelques heures, le lecteur oublie, lui aussi, ce qui l'entoure. Les descriptions sonnent si justes qu'on s'y croirait, nous aussi, nous vivons à 100% cette aventure. Pourtant, ce roman n'est pas gai. Derrière des apparences enivrantes, euphoriques, une étrange pression se forme, et gonfle au fur et à mesure de la lecture. Comme les personnages, le lecteur est conscient de ce danger. Mais, comme les personnages, il s'efforce de l'oublier, et y parvient presque. Petit à petit, la réalité refait surface, et ce road trip devient plus sérieux, plus terre à terre. Car le véritable visage de cette aventure fait peu à peu surface. On sent que quelque chose se trame. Mais on refuse d'y croire.

Lorsque cette pression éclate, c'est une énorme claque. Le retour à la cruelle réalité est difficile. La fin est... Belle. Mais déchirante. Parce qu'on y croyait, à cette joliesse, à ce sentiment d'être libre et invincible. Toutefois, l'ultime choix est de l'auteure est incontestablement le meilleur de tout le texte. Un livre comme celui-ci ne pouvait se finir autrement. J'étais alors ravie de voir qu'il s'achevait ainsi, d'une tendre brutalité. Elle lui donne une saveur divergente de celles précédemment proposées, tout en restant juste et équilibrée. C'est ainsi que l'auteure rend son livre marquant, différent. Il devient alors compliqué de passer à une autre lecture, vraiment.

La couverture est très symbolique. D'un point de vue très personnel, ce n'est pas du tout ma tasse de thé, mais il faut admettre qu'elle reflète très bien son contenu. Le titre est parfait : On le voit d'une façon différente avant et après la lecture. Il est très bien choisi, et intrigant. Pile ce qu'il fallait.

Voici donc une superbe lecture, que j'ai vraiment appréciée. Je vous la recommande vivement, car elle vous en fera voir de toutes les couleurs, mais vous touchera surtout. A la fois sérieuse et détente, elle permet de voir la vie d'une autre façon, et de s'échapper un peu de notre dur monde. Wendy Wunder est donc incontestablement une auteure à suivre de près. Probable qu'elle devienne la John Green féminine... (En mieux)
J'ai adoré !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

   

Livre reçu dans le cadre du partenariat avec les éditions Hachette et le site Lecture-Academy. Merci à eux !

26 mars 2015

The Book of Ivy

Couverture The Book of Ivy, tome 1The Book of Ivy

Titre : The Book of Ivy
Auteure : Amy Engel
Editions : Lumen
Année de parution : 2015
Pages : 342 pages
Prix : 15 €

Résumé :

Voilà cinquante ans qu’une guerre nucléaire a décimé la population mondiale. Un groupe de survivants d’une dizaine de milliers de personnes a fini par se former, et ce qui reste des États-Unis d’Amérique s’est choisi un président. Mais des deux familles qui se sont affrontées pour obtenir le pouvoir, la mienne a perdu. Aujourd’hui, les fils et les filles des adversaires d’autrefois sont contraints de s’épouser, chaque année, lors d’une cérémonie censée assurer l’unité du peuple.
J’ai seize ans cette année, et mon tour est venu.
Je m’appelle Ivy Westfall, et je n’ai qu’une seule et unique mission dans la vie : tuer le garçon qu’on me destine, Bishop, le fils du président. Depuis ma plus tendre enfance, je me prépare pour ce moment. Peu importent mes sentiments, mes désirs, mes doutes. Les espoirs de toute une communauté reposent sur moi. Le temps de la rébellion approche…
Bishop doit mourir. Et je serai celle qui le tuera.

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Emily et les éditions Lumen pour cet envoi passionnant !

Cette sortie, on l'attendait tous impatiemment. Les éditions ont fait un formidable travail autour de la publication de ce livre, et ont déployé des moyens de promotion fantastiques et très intrigants. Avec une si belle couverture et un résumé alléchant, cette lecture sonnait comme une évidence. Et croyez-moi, elle a frolé le coup de coeur.

Les personnages sont époustouflants. La narratrice, Ivy, est une jeune fille très attachante, au grand coeur. Elle fait preuve d'une grande maturité et d'une capacité de réflexion très intéressante. Comme toutes les héroïnes de dystopie, elle peut parfois faire preuve d'une légère passivité, bien vite oubliée au profit de sa bonne humeur et de sa gentillesse. Son époux, Bishop, on en parle ? Clairement, c'est un garçon en or, surprenant, altruiste, terriblement charismatique, auquel on s'attache très facilement. Ce duo est donc incroyable, séduisant. Ce n'est pas le cas de tout le monde dans ce livre. En effet, même si leurs personnalités sont très intéressantes, la plupart des personnages sont imbuvables, honteusement égoïstes. Cette nouvelle société post-apocalyptique apparaît égocentrique, et bien trop froide...

J'ai adoré le style de l'auteure. Dès les premières lignes, elle a su me captiver, et, tout au long de ma lecture, lâcher le livre était un supplice. Ses mots sont tout simplement envoûtants, son univers si simple et perfectionné à la fois, ses idées pertinentes... Tous les meilleures ingrédients sont réunis, impossible de s'ennuyer une seule seconde. Le rythme de lecture est excellent, l'alternance calme/tempête très bien dosé... Il n'y a vraiment rien à redire, c'est parfait, ça faisait très longtemps qu'un roman m'avait happée comme ça, et ça fait du bien, d'avoir des livres qui ne font plus qu'un avec le lecteur.

Il s'agit donc d'une dystopie, je ne vous apprends pas grand chose. C'est risqué comme choix, car c'est vu et revu, et cela devient difficile de faire original en partant de ça. C'est pour cela que je ne peux pas dire que ce roman est atypique, qu'il innove. Ce n'est pas le cas, mais cela ne l'empêche pas de sortir très largement du lot. Explications. Il aborde des sujets difficiles, qui font partie de notre actualité, comme les mariages forcés, l'égalité hommes/femmes, les violences conjugales, et les transforme un peu de manière à dessiner un futur assez délicat. L'action ne tarde pas à arriver, j'ai d'ailleurs été surprise de constater la rapidité de l'enchaînement des événements. J'avoue que je me demandais comment l'auteure pourrait encore surprendre en allant si vite. Et pourtant, elle y parvient toujours, en préservant un certain suspense, et en allant toujours plus loin dans l'intrigue. Elle ne complique pas pour autant l'histoire : On reste dans quelque chose d'assez droit, d'assez classique, mais de suffisamment détaillé et travaillé pour devenir stupéfiant. Ce bouquin a tout de même une saveur un peu particulière : Un fascinant goût d'interdit. Au coeur de cette société si contrôlée et millimétrée, le moindre écart semble impossible pour Ivy et Bishop. Le lecteur ressent alors la même chose. Alors, à chaque écart, on vit vraiment l'aventure à fond, c'est... Dément. Petit à petit, le récit prend un tournant particulier, il se fait plus sombre. La relation entre les deux protagonistes évolue progressivement, et resserre également cet étau. On suit également l'avancée de la "mission" d'Ivy. Cette partie du texte est bien plus sérieuse, mais aussi bien plus compliquée à lire : On sait très bien que cela va tout faire basculer, mais on ne peut s'empêcher de se sentir très impliqué. C'est d'ailleurs tout le charme de ce livre : Un nombre conséquent de contrastes, de paradoxes. On ne sait plus à quel saint se vouer, dans quel camp se ranger, chaque chapitre nous déchire un peu plus, mais je peux vous garantir que c'est un sentiment génial ! L'auteure joue clairement avec nos nerfs, c'est pour cela qu'il est impossible de lâcher cet ouvrage. Il nous rend fou !

La fin m'a laissée perplexe. Elle est très bien pensée, très bien amenée. On fermera les yeux sur le terrible cliffhanger qu'elle propose. Je m'attendais bel et bien à être surprise, mais... Pas à ce point. C'est à la fois horriblement frustrant et incroyable. On se pose énormément de questions, on a envie d'en savoir plus... L'attente pour le tome 2 va être longue ! Cette première conclusion au roman est donc positive, mais... D'un autre côté, c'est ce qui a, pour moi empêché le coup de coeur. C'est un goût très personnel, mais je suis trop curieuse pour ce genre de chutes. Néanmoins, j'admire l'idée et la prise de risque, qui promet une suite trépidante !

La couverture est juste splendide. Les couleurs, la délicatesse des motifs, la police, les reliefs... Tout y est, elle reflète merveilleusement bien son contenu. J'adore aussi le titre, énigmatique, symbolique, moderne... Tout donne envie avec ce bouquin, c'est impressionnant !

Voilà donc un premier tome stupéfiant, qui a su me séduire à 99,99%. Vous ne pouvez pas passer à côté de ce petit bijou qui vous en fera voir de toutes les couleurs. Riche, saisissant, touchant et mouvementé, ce roman a tout pour plaire. Digne des plus grands, il est assurément LA dystopie 2015 à ne pas manquer ! Foncez si vous aimez ce genre de lecture, je vous assure qu'il vous plaira. (Et y a même pas de triangle amoureux, alors... J'dis ça, j'dis rien !)
J'ai adoré !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.



Livre reçu dans le cadre du partenariat avec les éditions Lumen. Merci à eux !

16 mars 2015

Gargantua

Couverture GargantuaGargantua

Titre : Gargantua
Auteur : François Rabelais
Editions : Folio
Année de parution : 2004
Pages : 264 pages
Prix : 5,20 €

Résumé :

Le géant Gargantua naît par l'oreille gauche de sa mère après onze mois de gestation... On le voit, dans Gargantua, il ne faut rien prendre au sérieux, ni les aventures du géant débonnaire, ni les rencontres qu'il fait, occasion d'une réjouissante galerie de portraits : Grandgousier et Gargamelle, ses parents, grands amateurs de tripes ; Thubal Holoferne, son premier précepteur, qui lui apprend à réciter l'alphabet à l'envers ; maître Janotus de Bragmardo, doyen de la très sérieuse Faculté, délirant en latin, ou encore Frère Jean, plus prompt à se battre qu'à suivre la messe.

Mon opinion personnelle :

J'ai eu à lire ce livre pour les cours (1ère L, Français, L'Humanisme), sans vraiment savoir de quoi il parlait. Je le connaissais de nom, et les avis qui m'avaient été donnés n'avaient rien d'encourageant. J'ai plongé dans le livre, et j'ai eu le sentiment de rester en apnée pendant toute ma lecture, sans pour autant étouffer.

Bon, je vais être honnête. J'étais partie pour vous faire une chronique classique, comme à mon habitude, avec mon développement habituel, personnages, style, intrigue, dénouement, objet-livre, conclusion. Je voulais vraiment réussir à le faire. Mais je n'y arrive pas. Tout simplement parce que je n'ai strictement rien compris à ce livre. Bon, j'exagère un peu, j'en ai compris les grandes lignes, mais pas du tout assez pour vous chroniquer objectivement et minutieusement ce bouquin. Du coup, comme je tenais à partager avec vous mon avis, je vais le faire, mais de façon bien plus brouillon, sans structure précise, juste avec mes impressions, mes difficultés, mes surprises.

Ce livre est vraiment un OVNI de la littérature. Lorsqu'on le lit, je crois qu'il ne faut pas chercher à le comprendre, ou tout du moins à tout comprendre. Sinon, on s'y perd véritablement, on devient fou, on y passe des heures. Il faut laisser couler, glisser plus que lire. Dès le début, on comprend qu'on vient de tomber dans un livre totalement fou. Les cinquante premiers pages, on se demande carrément ce qu'on fait là. Le vocabulaire est très osé et frappant pour l'époque (XVIème siècle quand même, hein, alors quand vous tombez, page 40, sur "Mais si ma couille pissait telle urine, la voudriez-vous bien sucer ?", ça calme tout de suite.) voire vraiment stupéfiant, alors on a l'impression d'être face à une blague de mauvais goût. On cherche la caméra cachée, qu'on ne trouve bien sûr pas. Ce roman est indescriptible, on ne peut pas le dire drôle, ni répugnant, ni instructif, ni déprimant. Il paraît tellement décalé, incongru. Pendant la lecture, on se demande à quoi rime toute cette mascarade, ce délire sans nom. On m'avait prévenue, qu'il était bizarre, hors du commun, incompréhensible. Mais je ne m'attendais pas à quelque chose dans cette veine.

Je ne sais pas trop à quoi je m'attendais, en fait. Probablement quelque chose de plus "ancien", "vieux jeu", et cadré. Là, ça partait tellement dans tous les sens que ça devenait presque impossible de tout suivre. Parfois, j'avais le sentiment que je venais de comprendre, que tout devenait limpide, et puis, bam, trois mots, et mes espoirs s'effondraient : Je n'avais toujours rien saisi. En fait, l'auteur écrit en vieux français, et invente en plus de cela des mots. De plus, il aborde des sujets barrés, sans lien logique apparent entre eux. Ça fait un peu liste de courses, quoi. Mais en chinois. Il y a plein d'idées, on sent qu'il y a un véritable fond derrière tout ce "bordel", mais il est quasiment impossible de le cerner.

Mais d'un autre côté, ce qui est étrange avec ce livre, c'est que, même si on ne comprend rien, même s'il est tout le contraire d'anodin, et qu'il pourrait être on ne peut plus barbant et rebutant... Bin, on s'y attache quand même. A ma grande surprise, il s'est lu assez rapidement, assez facilement. Bon, vous me direz, c'est parce que tu ne t'es pas amusée à comprendre chaque mot du texte. Certes. Mais, à 16 ans, qui, dites-moi qui, va s'amuser à tout saisir ? Personne. Au bout d'un moment, il faut arrêter de se prendre la tête. Ce bouquin n'a pas été écrit pour l'élite, il est censé être accessible à tous, c'est pour cela qu'il faut le prendre comme il vient. Peut-être que d'un chapitre à l'autre, vous aurez l'impression de passer du noir au blanc, mais au moins, vous l'aurez lu humblement, normalement, comme il peut se comprendre. [ATTENTION, je vais ici exprimer mon opinion sur la littérature. SI vous êtes un fervent défenseur de la grande littérature, vous allez me haïr, alors je vous conseille de passer directement au paragraphe suivant. Merci ♫♪] Je ne suis pas pour une littérature compliquée, réservée aux gens très cultivés, prétentieuse. De mon point de vue, un livre, qu'il soit de Musso, de Maupassant ou de Sophocle, se doit d'être abordable pour le commun des mortels, car la lecture n'est pas un passe-temps ardu, élitiste, sacré. Mon but avec ce blog n'est pas de me faire passer pour ce que je ne suis pas, à savoir une chroniqueuse qualifiée, expérimentée, douée. C'est simplement d'ouvrir la lecture à tous, en donnant mon banal point de vue d'ado de 16 ans. Parce que c'est dans un profil très commun comme le mien que dans des non-lecteurs pourront trouver une accroche. Bref, je vais m'arrêter là parce que je dérive totalement du sujet. Mais ça pourrait être intéressant ça, comme sujet d'article. (Si ça vous intéresserait...)

Un dernier truc : Ce roman, cet auteur sont humanistes. En autres termes, ils placent l'Homme au-dessus de tout, et vulgarise la connaissance pour qu'elle soit assimilable. Ce dernier point, OK, je comprends. Mais j'avoue avoir du mal avec le premier. J'imagine bien que c'est fait exprès, que tout ceci doit se cacher dans la partie imperméable du texte. Lorsque j'aurai étudié le livre en cours, ça me paraîtra sûrement plus clair, mais là, je suis un peu en galère. En tous cas, j'admets qu'il remplit tout à fait sa mission : Ouvrir le savoir. Effectivement, c'est si atypique, si particulier, qu'on devient curieux, et trop intrigué pour s'ennuyer. C'est donc un beau tour qui est ici réalisé.

Pour ce qui est du livre-objet, je crois que je me passerai de commentaire. Pas à propos du titre, puisqu'il est éponyme, donc symbolique et logique, mais à propos de la couverture. Pourquoi ? Prenez votre souris, remontez le curseur un peu plus haut, et regardez l'image. Voilà voilà ♫♪

Ce sera tout pour aujourd'hui ! J'ai fait totalement n'importe quoi pour cette chronique, c'est parti dans tous les sens, je m'en excuse, mais je ne savais pas comment faire autrement. Ça me semblait tellement déplacé d'être structurée pour parler de ce... De cette... Bref ! Encore désolée, j'espère ne pas vous avoir fait peur, mais vous avoir intrigué. N'hésitez pas à jeter un œil à Gargantua, car, même si c'est un monstre original, ça ne fait pas de mal à la culture, et puis, avouons-le : Il n'est pas SI terrible que ça. Vraiment.
J'ai bien aimé !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

15 mars 2015

Le comédien de Molière

Couverture Le comédien de MolièreLe comédien de Molière

Titre : Le comédien de Molière
Auteure : Annie Jay
Editions : Le Livre de Poche Jeunesse
Année de parution : 2015
Pages : 188 pages
Prix : 4,95 €

Résumé :

Un nouveau ! Molière accueille dans sa troupe un jeune homme au talent époustouflant. Michel Baron est orphelin et commence son apprentissage auprès du grand maître. Molière le traite comme un fils, lui apprend le métier, le comble d'affection, et le fait monter sur scène devant le Roi. Bientôt, le jeune prodige séduit le public de Paris, on ne parle que de lui. C'est un triomphe !

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Betty et les éditions Hachette pour cet envoi !

Passionnée de théâtre, amoureuse de Molière, il était donc tout naturel pour moi de me diriger vers ce livre. J'ai bien eu raison, car je n'en ai fait qu'une bouchée, et je me suis régalée.

Les personnages étaient extrêmement attachants. Michel Baron est un comédien dont j'ignorais l'existence, mais qui a réellement existé. En revanche, sa mère, La Baronne, ne m'était pas inconnue. Ce jeune garçon est très talentueux, charmant, et il le sait. Assez narcissique et irréfléchi, voire même carrément immature, il aurait pu rapidement devenir insupportable. Mais ce n'est pas le cas, car malgré tout, il reste touchant, sa naïveté prétentieuse est son atout pour charmer le lecteur comme il charme son public. Molière est ici fidèle à lui même : Doué, généreux, persévérant. Cet homme dégage quelque chose d'incroyable, un magnétisme terrifiant. Il sait ce qu'il veut, et, même à travers des mots, sa prestance est stupéfiante. Un petit mot sur Armande, l'épouse de l'illustre comédien : Je ne l'aimais déjà pas beaucoup, mais alors là, sa jalousie et sa fierté sont encore plus accentuées, Elle apparaît aux antipodes de son mari, pour notre (mon ?) plus grand plaisir...

Le style de l'auteure est un pur délice. Je n'avais pas grande crainte, connaissant bien la belle plume d'Annie Jay. On retrouve ici sa simplicité, son efficacité, mais il n'est pas pourtant trop enfantin. Comme à son habitude, le fond historique est conséquent, et très instructif. Le roman se lit tout seul, très facilement et rapidement. L'évolution du comportement des personnages est très bien mise en valeur, on sent qu'il y a derrière un lourd travail de recherches. J'ai également noté et apprécié la richesse du vocabulaire théâtral. Bon nombre de bouquins sur Molière omettent ce détail, pourtant fondamental ; c'est donc suffisamment rare pour être relevé et valorisé dans cette chronique.

L'intrigue est très intéressant, très pertinente. Elle mixe en fait deux parcours : Celui de Michel Baron, et celui de Molière, des premiers pas sur scène du premier au décès du second. Je ne m'attendais pas totalement à cela, mais ce fut une bonne surprise. Ce roman est donc l'occasion de suivre la progression de l'un, et la réussite de l'autre. Le début du texte est assez difficile, pas forcément très gai. Et, petit à petit, l'ombre d'antan laisse place à la lumière des projecteurs. (C'est beau. *Larmichette*) Même si le théâtre reste le coeur de ce récit, il aborde aussi d'autres thèmes. Il permet par exemple de s'intéresser à la Cour, à ses artifices et ses douleurs. On apprend beaucoup de choses, plus ou moins étonnantes. La dangereuse ivresse des plaisirs de la Cour est très bien représentée, et sonne juste. Il en est de même pour la rivalité, mot d'ordre de l'époque, qu'elle soit entre troupes, amants ou encore comédiens. On retrouve également dans cet ouvrage l'éternel débat/combat de Molière : La médecine. Cette partie de la vie du dramaturge est traitée de façon assez éloignée, peut-être est-ce donc ce qui manquait à l'histoire pour être parfaite. Suivre le quotidien de diverses troupes de théâtre (Grâce à Michel, vous découvrirez au total trois différentes troupes) est une expérience très enrichissante, qui permet de vraiment bien cerner la divergence qui existait vis-à-vis de la reconnaissance de l'art dramatique. Bien qu'il soit majoritairement historique, ce livre ne laisse pas pour autant l'action sur le banc de touche. En effet, la vie du jeune protagoniste, Baron, est loin d'être un long fleuve tranquille. Il vit des événements peu banaux qui pimentent un peu l'histoire, et la rendent encore plus prenante. Un mot sur la relation qui se tisse petit à petit entre Molière et Michel : Elle est fantastique. Très touchante, l'auteure souligne à merveille sa profondeur et son originalité. Ce récit mêle donc à merveille de nombreuses émotions, douces-amères. Le lecteur est alors témoin de l'Histoire du théâtre, et de deux étoiles qui, chacune à leur façon, ont illuminé, illuminent et illumineront les planches.

J'ai beaucoup apprécié la fin. Bien entendu, je ne vous apprends rien, elle n'est pas très drôle : Il s'agit de la mort de Molière. (Non, je vous spoile rien, tout le monde sait quand et comment Molière nous a quittés. Si vous ne le savez pas... Non, je ne préfère même pas imaginer quelqu'un ignorer cela. Tout de même !) Bon, le récit ne se stoppe pas pour autant à l'instant de son dernier souffle. Il nous laisse apercevoir le futur de la troupe, la façon dont le monde du théâtre s'est relevé de cette terrible perte. Il offre de l'espoir, et de la vie. Je regrette cependant de ne pas avoir le fin mot de l'histoire de Michel Baron, auquel on s'attache. Il est assez frustrant de ne pas savoir ce qu'il est advenu des années plus tard, grâce à Molière... Mais ce n'est qu'un détail, car après tout, on lit avant tout ce roman pour Molière. Ce court bouquin permet vraiment de découvrir un autre visage du dramaturge, paternel, émouvant, mais aussi de voir en lui un maître, un homme prêt à partager et léguer son savoir et son talent.

Le titre est bien choisi, il reprend très bien l'idée du livre. Au premier abord, il est assez surprenant, mais est en réalité le parfait reflet de l'intrigue. La couverture est assez simple, aux couleurs vives, et représente encore une fois très bien le récit : Molière, ombre qui hante son jeune élève Michel.

C'est donc une très belle découverte, que je vous recommande très vivement. Pour en savoir plus sur Molière, sur le théâtre, pour connaître un autre brillant acteur du XVIIème siècle... Sans être trop jeunesse, il vous apportera une certaine culture, et saure vous toucher. Il en vaut vraiment le détour, car il est très bien pensé et amené. A lire !
J'ai adoré !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

  

Livre reçu dans le cadre du partenariat avec le site Lecture-Academy et les éditions Hachette. Merci !

14 mars 2015

Expérience Noa Torson Tome 1 : Ne t'arrête pas

Couverture Expérience Noa Torson, tome 1 : Ne t'arrête pasExpérience Noa Torson Tome 1 : Ne t'arrête pas

Titre de la série : Expérience Noa Torson
Titre du tome : 1. Ne t'arrête pas
Auteure : Michelle Gagnon
Editions : Nathan
Année de parution : 2015
Pages : 396 pages
Prix : 16,90 €

Résumé :

Noa se réveille sur une table d'opération, une cicatrice en travers de la poitrine. Elle ne sait pas où elle est, ni ce qui lui est arrivé. Alors elle prend la fuite, des tueurs lancés à ses trousses.
La jeune fille, hackeuse de génie et solitaire, pense semer facilement ses poursuivants. Elle se trompe: pour la première fois de sa vie, si elle veut survivre, Noa a besoin d'aide. Car elle est la clé d'un terrible secret. Et ceux qui la traquent n'ont aucune intention de la laisser s'échapper.

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Samia et les éditions Nathan pour cet envoi décapant !

Au premier coup d’œil sur ce livre, j’étais sceptique. Bon, il pouvait y avoir de l’idée, mais ce thriller semblait tout de même assez tordu. Néanmoins, qui ne tente rien n’a rien, et je me suis donc lancée. Et j’ai bien fait, car j’ai vraiment adoré ce premier tome très prometteur.

Les personnages sont relativement attachants. Noa, l’héroïne, est une adolescente surprenante, pleine de ressources, mais qui cache, derrière un masque d’acier, un lourd passé et une certaine sensibilité. Dynamique, elle évolue énormément tout au long du récit, dévoilant, pas à pas, diverses facettes de sa personnalité, parfois contradictoires, mais bien souvent touchantes. Son acolyte, Peter, est, à sa façon, un curieux personnage. Anticonformiste, marqué par la vie, parfois injuste et égoïste, bien souvent immature, il pourrait être un parfait antihéros. Mais son naturel l’emportait sur son côté un peu pénible, et faisait de lui un jeune homme auquel le lecteur s’identifiait aisément. Tout au long de ma lecture, j’ai eu un personnage en horreur : La petite amie de Peter, que j’ai trouvée imbuvable, fausse et vicieuse. A l’inverse, j’ai eu un véritable coup de cœur pour la générosité de Cody. Ce jeune est un ange, vraiment ! Je me rends compte qu’il y a énormément de personnages dont j’aimerais vous parler, tant ils sont bien travaillés. Qu’ils soient principaux ou secondaires, ils sauront vous charmer !

Le style d’écriture est excellent. En fait, il est très simple, mais surtout très efficace. Moderne, addictif, il happe le lecteur et ne le lâche plus. Les descriptions sont précises et claires, permettant une bonne compréhension du texte. Le vocabulaire employé peut parfois se révéler très technique, mais cela n’en n’est pas pour autant dérangeant, en tous cas pour des jeunes de notre génération. On s'attache donc très vite au texte, facilement compréhensible, et accessible. J'aurais cependant peut-être mieux compris une narration à la première personne pour ce type de récit, afin de le vivre vraiment à fond, mais bon, on ne peut pas tout avoir.

Globalement, l'intrigue était excellente. Deux histoires vont en fait se mêler pour n'en former plus qu'une, rythmée par les nouvelles technologies et la mort. Présenté comme ça, ça semble un peu glauque : Ça l'est bel et bien. Mais c'est fait avec beaucoup de talent. Dès le début, le lecteur est mis au parfum : Il va en voir de toutes les couleurs. L'action ne tarde pas vraiment à arriver, permettant une accroche directe. Les interrogations se bousculent, on est aussi perdu que les protagonistes. De fait, on a envie de, nous aussi, en découdre, et de comprendre. Alors, on se lance dans l'aventure. Dans la première partie du livre, on avance à tâtons, par instinct, comme si on sentait que quelque chose d'incroyable se tramait. Les idées sont excellentes, véritablement originales. Au fur et à mesure de la lecture, le récit se fait plus profond, plus sombre. L'étau se resserre autour des personnages, la pression se fait de plus en plus intense. Il devient alors carrément impossible de lâcher le bouquin. Effectivement, chaque nouvel élément découvert en entraîne un autre, formant ainsi une sorte de cercle délicieusement infernal. Loin d'être banale, cette histoire est pleine de surprises. En plus de l'aspect très centrée sur le hacking dont je vous ai déjà parlé, il y a également toute une partie qui porte sur le médical. Expériences, maladie, c'est assez particulier, mais ça fonctionne très bien. Loin d'être rebutant ou trop gore, ce livre donne l'occasion de réfléchir sur des sujets assez préoccupants pour l'avenir de l'Homme. Juste au moment où elle commençait à limite tourner en rond, l'intrigue prend un tournant décisif. Les révélations se font en rafales, et pourtant, la fin est encore loin. Jusqu'au bout, l'auteur parvient à tenir son lecteur en haleine, à jouer avec ses nerfs. Il fait fort, très fort. Je ne peux pas en revanche dire que tout ce est advenu m'a plu. Certaines choses sont un peu too much, d'autres, au contraire, paraissent pâlottes à côté du reste. Il y a certains événements qui, à mon grand regret, ont cassé le rythme de ce thriller pourtant très bien parti. Ce bouquin n'est donc pas parfait, mais, grâce à son originalité très osée, parvient à frapper un grand coup et à faire oublier ses petits défauts.

La fin m'a plutôt surprise. Ce qui se passe n'est pas une grande surprise. Tout au long du texte, l'auteur laisse des indices, on se doute plus ou moins de ce qui va advenir. A l'image des bons thrillers, la chute est loin d'être gaie, à l'inverse, elle est vraiment dark. Ce qui surprend, c'est la façon dont tout ceci se passe. Il y a un véritable contraste entre la sorte de précipitation qui rythme tout le roman, et le côté très froid et structuré de l'issue. Ca fonctionne très bien, ce n'est pas un problème, ça étonne juste. Bien sûr, la fin est extrêmement sadique. On en veut encore, il y a encore tellement de questions laissées en suspens ! Ce premier tome est très prometteur. Maintenant qu'il a posé les bases et lancé l'intrigue, je suis très curieuse de voir ce que la suite nous réserve. Dans tous les cas, cette nouvelle série s'ouvre en fanfare sur un premier tome explosif, qui va crescendo. Alors, je n'ose pas imaginer l'action palpitante implicitement promise pour le tome deux !

Le livre-objet est très intéressant, et reflète très bien son contenu. Le titre est on ne peut plus explicite, illustrant très bien la course folle dans laquelle est plongé le lecteur. Même chose pour la couverture très "mouvementée", totalement en harmonie avec ce thriller haletant au rythme infernal.

Si vous aimez avoir des sueurs froides et le coeur qui cogne, je vous recommande donc très vivement ce livre. Vous ne pourrez plus le lâcher, et en verrez de toutes les couleurs ! Ames sensibles s'abstenir, car l'auteur va loin... Si vous cherchez de l'originalité, n'hésitez pas ! Clair, net et concis, vous ne serez pas prêt d'oublier ce premier tome... Rendez-vous pour le prochain !
J'ai adoré !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

Puis...

Livre reçu dans le cadre du partenariat avec les éditions Nathan. Merci à eux !

12 mars 2015

Podcast Emission Radio La Bookinade Février 2015 + Mars 2015

Bonjour !

Je vous retrouve aujourd'hui avec le lien du podcast de l'émission radio que j'anime pour Radio G!, La Bookinade. Exceptionnellement, je groupe deux mois (Février et Mars) car j'ai tout bonnement totalement zappé de mettre ici les liens du mois dernier.



Au programme en Février :

- Sans prévenir de Matthew Crow
- 100 000 canards par un doux soir d'orage par Thomas Carreras

Vous pouvez écouter l'émission en cliquant juste

LA !

Au programme en Mars :

- Fille des Cauchemars Tome 1 : Anna de Kendare Blake
- Les Brumes d'Avallach Tome 1 de Marah Woolf

Ecoutez l'émission en podcast juste

ICI !

N'hésitez pas à me donner vos retours !

Love, books and hapiness,

Mathilde ♥

8 mars 2015

Marion, 13 ans pour toujours

Marion, 13 ans pour toujours

Titre : Marion, 13 ans pour toujours
Auteure : Nora Fraisse
Editions : Calmann-Lévy
Année de parution : 2015
Pages : 188 pages
Prix : 16,50 €

Résumé :

« Marion, ma fille, le 13 février 2013, tu t’es suicidée à 13 ans, en te pendant à un foulard, dans ta chambre.
Sous ton lit en hauteur, on a trouvé ton téléphone portable, attaché au bout d’un fil, pendu lui aussi pour couper symboliquement la parole à ceux qui, au collège, te torturaient à coups d’insultes et de menaces.
J’écris ce livre pour te rendre hommage, pour dire ma nostalgie d’un futur que tu ne partageras pas avec moi, avec nous.
J’écris ce livre pour que chacun tire les leçons de ta mort. Pour que les parents évitent à leurs enfants de devenir des victimes, comme toi, ou des bourreaux, comme ceux qui t’ont fait perdre pied. Pour que les administrations scolaires s’évertuent à la vigilance, à l’écoute et à la bienveillance à l’égard des enfants en souffrance.
J’écris ce livre pour qu’on prenne au sérieux le phénomène du harcèlement scolaire.
J’écris ce livre pour que plus jamais un enfant n’ait envie de pendre son téléphone, ni de suspendre à jamais sa vie. »

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier les éditions Calmann-Lévy et la Masse Critique Babelio pour cet envoi !

Il est difficile de chroniquer un livre comme celui-ci. Je l'ai lu par hasard. Lors de la Masse Critique, j'errais sur le site, histoire de voir ce qu'il restait. Et puis, j'ai été interpellée par le regard de Marion. Un regard trop vrai pour être celui d'un figurant. J'ai parcouru le résumé, la phrase d'accroche. C'est devenu clair, il me le fallait, et j'ai eu la chance de pouvoir le recevoir. J'ai fait quelques recherches sur l'histoire de Marion, sans trop en faire pour éviter cette censure et ce manque d'objectivité imposés par les médias, et je me suis lancée.

Cette histoire vraie est celle de Marion et de ses proches. Marion était une jeune fille adorable, qu'on ne peut qu'aimer. Elle était si généreuse, on sent, dans ses actes, dans ses mots, une grande maturité, quelque chose en plus que les jeunes de son âge n'ont pas. La vie l'a marquée, et dans ses mots, ses ultimes mots, cela se sent. C'est sa mère, Nora, qui nous relate son histoire, leur histoire. Cette femme est admirable, pour son courage, sa détermination, sa force. Ses actes sont remarquables. Elle a vécu l'enfer d'une mère qui perd son enfant, et pourtant, elle s'est relevée, pour sa fille, pour se battre. Se battre contre ce qui a tué Marion. Elle porte un message terrible, mais à entendre. Leurs deux parcours se mêlent donc pour nous sensibiliser, à l'aide d'un réalisme poignant, à cette violence qu'est le harcèlement scolaire. C'est donc l'occasion de croiser bien d'autres acteurs de ce récit, mais je vous reparlerai d'eux plus tard.

J'ai énormément apprécié le style d'écriture. Il me semble, d'après ce qui est écrit sur la 4ème de couverture, que la mise en forme du texte a été faite par Jacqueline Remy, et non entièrement par Nora Fraisse. Je n'en suis pas sûre, mais honnêtement, on s'en fout. Les mots sont parfaitement bien choisis. Ils sont simples, il n'y a pas de fioriture dans ce livre, rien en trop. Simplement la vérité. C'est ainsi qu'on est le plus touché, par une écriture fluide, moderne, et directe. Il est alors impossible de ne pas être frappé en plein coeur par le récit de Nora. Les pages défilent à une vitesse folle, on est totalement happé par cette terrible histoire, par l'injustice de ce récit, et par le besoin de changer les choses qu'il provoque. Ce livre cherche seulement à établir la vérité, à la crier, à la dénoncer. Il réussit sa mission avec brio, et entraîne le lecteur dans son combat.

Venons-en donc au fait. L'histoire. Elle est frappante, honteuse, injuste. Elle laisse un goût amer dans la bouche. Ce livre aborde tellement de sujets délicats. Je ne sais par où commencer. Quand je repense à ce bouquin, je pense à tellement de choses. Il y a bien entendu le décès de Marion. Quoi de plus douloureux que d'apprendre qu'une jeune fille de 13 ans s'est donnée la mort ? Et tout ça, à cause d'abrutis, de jaloux, de vicieux, de salopards ? Le harcèlement scolaire est quelque chose qui me touche tout particulièrement. Personne n'a le droit de souffrir comme a souffert Marion, personne n'a le droit de mourir comme est morte Marion. On connaît à l'avance les grands axes de son histoire, mais on ne peut s'empêcher de suffoquer en lisant ces douloureuses lignes. C'est révoltant, et des sentiments contradictoires se bousculent dans le coeur du lecteur : Pitié, colère, tendresse, haine, impuissance... Marion avait tout pour elle, tout pour être heureuse. Elle était belle, intelligente, amoureuse, aimée par sa famille, généreuse. Mais dans notre société égoïste, le bonheur est interdit. Des gamins, qui ne lui arrivaient pas à la cheville, ont décidé de mettre un terme à son doux quotidien. Mais qui étaient-ils, pour décider cela ? Qui étaient-ils pour critiquer, juger, agresser, insulter une autre ? J'ai peur pour les générations futures. Il y a un véritable problème. Comment, à 13 ans, peut-on pousser quelqu'un à la mort ? Comment peut-on ordonner à quelqu'un d'aller se pendre ? Comment ? Tant de questions se bousculent à la lecture de ce témoignage. Qui resteront probablement sans réponse. Et qui vous tarauderont toute votre vie, qui ne pourront vous laisser de marbre. Car, aussi douloureux que soit cet épisode de la vie de Nora et de sa famille, il ne s'arrête pas là. Je ne pensais pas pouvoir être plus révoltée. J'avais tort. En suivant la quête de Nora, j'ai découvert des choses que je pensais impossibles. Une mère, qui cherche simplement à comprendre, devient, de nos jours, un fardeau. Un bal d'hypocrisie et d'ignorance est alors donné. Les réactions des gens m'ont pétrifiée. D'un côté, il y avait les voisins, les habitants du village. Qui transforment cette histoire, en font un sujet de désaccord, voire presque un jeu pervers. Une fois de plus, pourquoi ? Comment ? De quel droit ? Mais, les réactions les plus stupéfiantes, et honteuses, sont bien celles du corps professoral. Les enseignants, qui se cachent, ont peur. Leur comportement est inhumain, incompréhensible, inexcusable. Ils sont, pour moi, aussi responsables que les bourreaux de Marion. Leur silence a été leur bouclier, mais aussi leur arme, celle même qui a tué leur jeune élève. Et puis, il y a le directeur. L'évoquer en restant calme m'est très difficile. Je ne pensais même pas qu'une telle réaction était possible de la part d'un être humain. Je devenais enragée en voyant son masque tomber un peu plus à chaque page, et rarement dans ma vie, j'ai autant détesté un homme. Il me dégoûte, et ne fait que me donner encore plus envie de crier cette injustice, et de prendre part à ce combat.

De toute évidence, on ne sort pas de cette lecture indemne. Elle donne envie de changer les choses, de s'engager, de parler. Vous serez différent après la lecture. Profondément marquée par le récit de Nora, j'ai achevé ma lecture bouleversée, mais aussi plus que jamais motivée. On ne pourra jamais rétablir l'injustice dont Marion a été victime. Mais on peut empêcher de futurs drames, en se mobilisant. C'est en partie le silence qui a tué Marion. Pas son silence à elle, non, car elle, elle a parlé, sans être entendue. Le silence de l'Education Nationale, de son collège, des médias. Le harcèlement scolaire est bien trop fréquent, et bien trop peu montré du doigt. C'est à nous, élèves, à vous, parents, enseignants, politiciens, êtres humains, de changer les choses. Des événements comme celui-ci ne devraient plus arriver. Marion ne méritait pas cela, personne ne mérite cela. Prenons donc conscience de l'existence du harcèlement, qu'il ne soit plus une honte pour les victimes, qu'il disparaisse. Il n'est pas une fatalité, on peut y mettre un terme, en évitant d'abord de le débuter. En écrivant ce livre, en nous livrant son dur combat, Nora fait un pas vers nous, qui lisons son histoire. C'est alors à nous de poursuivre ce qu'elle a commencé, et de nous battre pour une justice trop difficile à donner. Marion, où que tu sois, je veux que tu saches que, pour toi, je vais me battre. Parler de toi, de ton histoire. J'ai déjà commencé, et ce n'est que le début. Les choses doivent changer, ce n'est plus une question de volonté, mais d'humanité. En ta mémoire, je te promets de parler, parler, parler. Et d'agir. Quant à vous, Nora, merci d'avoir pris le temps de partager votre histoire, merci de m'avoir fait prendre conscience de la gravité de cette situation. Merci de m'avoir entraînée dans votre combat.

Le livre-objet est tout simplement parfait, pour représenter le contenu. C'est très superficiel comme paragraphe, à côté de la profondeur du livre. Mais ce titre, et cette photo de Marion sont si saisissants, si réels, qu'ils ne peuvent qu'interpeller les gens. Et c'est exactement ce qu'il faut, ce dont nous avons besoin. De ne plus fuir, ou nous cacher, mais plutôt de nous impliquer.

Cette chronique a donc été très longue, et très particulière. Mais je ne pouvais pas faire autrement. J'espère avoir plus ou moins bien fait passer le message. Tout le monde devrait lire ce livre, en prendre connaissance, et prendre conscience de la virulence des cours de récréation. Élèves, parents, enseignants, tous. C'est un ouvrage qui se doit d'être dans tous les CDI, qui se doit d'être accessible à tous ceux qui souhaiteraient le lire, et notamment en milieu scolaire. Je vous recommande, non, vous ordonne de lire cet ouvrage, pour en sortir transformé, mais aussi pour vous mobiliser. Plus nombreux nous serons, plus vite les choses changeront. Sortons de notre silence, cessons de nous cacher derrière des masques ou des excuses, et avançons. J'adresse à Nora tout mon soutien, et à Marion, toute ma tendresse. Pardon. Et merci.

Noter ce livre serait déplacé. Retenez juste que vous devez le lire.

Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

   Calmann-Levy

Livre reçu dans le cadre de la Masse Critique de Babelio, de la part des éditions Calmann-Lévy. Merci à eux !

7 mars 2015

Réseau(x) Tome 2

Réseau(x) Tome 2

Titre de la série : Réseau(x)
Numéro du tome : 2
Auteur : Vincent Villeminot
Editions : Nathan
Année de parution : 2014
Pages : 362 pages
Prix : 16,90 €

Résumé :

Sur les réseaux, tout le monde pensait connaître Nada#1. Tout le monde suivait, espionnait, redoutait Nada#1. Aujourd'hui, Son Altesse Anarchiste Sérénissime est en prison et l'Armée des Clowns Noirs est sans tête. Les polices européennes vont-elles enfin pouvoir respirer ? Rien n'est moins sûr : Un mystérieux Nada#2 fait son apparition et annonce un chaos d'un nouveau genre...

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Samia et les éditions Nathan pour ce sympathique envoi !

A la sortie du premier tome, les avis pour cette nouvelle duologie avaient clairement été opposés : Il y avait les lovers et les haters. Je m'étais rangée dans la première catégorie, et attendais ce second tome avec impatience. Après avoir rencontré l'auteur au SLPJ de Montreuil cet hiver, je me suis alors plongée dans cette suite. Au final, j'ai été séduite, mais... Un peu moins qu'avec le premier volet.

J'étais ravie de retrouver les personnages. Il m'a fallu un peu de temps pour m'y retrouver dans tout ce monde, mais, une fois que je les avais situés, j'ai pu constater certains changements. Sixie est, dans ce tome, plus effacée que dans le précédent. Elle n'en est pas moins touchante et intrigante, mais apparaît affaiblie par ses aventures, ce qui, avouons-le, est compréhensible. Mais cela apportait malheureusement un certain poids à traîner dans la lecture. Il est vrai qu'avec cette suite, on récupérait principalement des éclopés, mais ce n'était globalement pas gênant, sauf avec Sixie. Un autre personnage a énormément évolué : Theo. Je ne vous dis pas pourquoi, comment, car ce serait trop en dire. Mais attendez-vous à être surpris. Et pris aux tripes. J'ai ici aussi redécouvert deux personnages plus en profondeur : Vittorio et Francesca. Je les ai davantage compris, appréciés. Il y a en fait tellement de monde dont j'aimerais parler : Justine, Jérémy, Mathilde... Une seconde fois, on a énormément de travail sur ce point, ce qui est très agréable.

Le style de l'auteur est toujours aussi intéressant. Fluide et moderne, il happe le lecteur dans son univers et parvient à allier tous les ingrédients de la réussite : Le coeur qui bat, les sueurs froides, la tendresse, la haine, l’apathie, l'antipathie... Cette fois encore, les chapitres sont perçus par différents personnages. Cette façon de faire est très appréciable dans un roman aussi particulier, elle permet de bien noter les détails, de mieux cerner les personnalités des personnages. On ne s'ennuie pas avec cet ouvrage, bien au contraire.

Je suis plus partagée en ce qui concerne l'intrigue. Effectivement, j'ai déjà eu un problème majeur avec ce bouquin : J'ai lu le premier tome à sa sortie, et le second quasiment à sa sortie également. Mais cette duologie est extrêmement complexe, tellement riche qu'il faut se concentrer pour la suivre. C'est très bien, cette profondeur de récit, ça montre qu'il y a vraiment du boulot. Mais le hic, c'est qu'entre les deux tomes, à moins de les enchaîner directement, on se perd. Personnellement, j'ai eu énormément de mal à me remettre dans le bain, à me rappeler de ce que signifiait telle appellation ou tel événement. Je ne me souvenais plus des moindres détails, et ceux-ci sont fondamentaux, dans un texte comme celui-ci. Du coup, il devient difficile de bien suivre le fil de l'histoire. C'est un peu dommage et frustrant, car on sait que la qualité est là, mais on a dû mal à suivre le rythme... Une petite remise à niveau, une petite piqûre de rappel aurait pu être bénéfique. Bon, mettons ça de côté pour le moment. Cette suite est bien plus sombre, bien plus violente que la précédente. Il y a moins d'action, mais lorsqu'il y en a, ce n'est pas de la rigolade. Le lecteur va de surprise en surprise, il se prend petit à petit au jeu pervers qui se déroule entre les personnages. Les masques tombent, les espoirs se précisent. Tout au long du roman, une sorte d'ombre plane sur les personnages, l'ambiance se fait de plus en plus pesante. On sait que quelque chose se trame, on tente de deviner quoi, mais la tâche est ardue. Il faut avouer que parfois, il y a quelques passages à vide. De temps à autres, pendant quelques pages, on sent un creux, souvent bien vite comblé, mais qui permettent de relâcher un peu cette pression qui, au cas échéant, deviendrait étouffante. La comparaison semblera peu flatteuse, mais l'est, je vous l'assure : Ce livre est comme du goudron, vous vous enfoncez dedans sans savoir comment en sortir, vous en devenez prisonnier, il vous colle à la peau. Même si je sais bien que ce n'est pas la meilleure façon de le tourner, ceci est un compliment. Mais je ne sais plus comment m'exprimer, ce livre est si particulier qu'il est vraiment dur de le chroniquer. Si vous n'avez rien compris à mon développement qui n'a ni queue ni tête, je le reconnais, retenez en gros que ce second volet est cool et dark, mais qu'on s'y perd un peu trop.

La fin m'a laissée perplexe, vraiment. On s'attend à certaines choses, mais pas à tout, loin de là. Cette fameuse pression qui gonflait finit par exploser, et ça fait des dégâts, beaucoup de dégâts. Je vais être franche et cash, comme à mon habitude (Et parce que je sais que Vincent Villeminot aime qu'on lui dise les choses comme elles sont.) : Il y certes du bon, mais aussi du moins bon. En effet, j'ai trouvé cette chute un peu trop précipitée, elle manquait, contrairement au reste du roman, de précisions. J'aurais aimé en savoir davantage. Les idées étaient bonnes. L'équilibre entre le tragique et le "réjouissant" est bien choisi. Mais j'ai trouvé que parfois, le récit manquait de crédibilité, faisait un peu too much pour bien correspondre aux personnages. Il m'a manqué les réponses à certaines questions. Je suis donc un peu trop restée sur ma faim... C'est un peu décevant, mais peut-être cela est-ce dû à mes lacunes sur le tome un... Je ne sais pas.

Le titre est on ne peut plus clair, et représente parfaitement l'ouvrage, ainsi que son ambiance froide. Il en est de même pour la couverture, illustrée par cette fameuse armée des Clowns Noirs. On est tout à fait en harmonie avec le récit, puisqu'elle est bien plus sombre que la précédente, à l'image du contenu du bouquin.

Je garderai donc un bon souvenir de cette duologie très riche. Certes, ce second tome ne m'aura pas semblé à la hauteur du précédent, mais m'aura tout de même fait passer un bon moment de lecture. Je vous conseille plutôt, si vous souhaitez découvrir cette série, de lire les deux tomes à la suite, pour une meilleure compréhension. Et si vous avez déjà lu le tome un, mais qu'il vous échappe un peu, relisez-le, car ce dernier vous éclaira un peu l'obscurité de son contemporain. Même si la réussite n'est pas totale, elle est suffisamment importante pour vous plaire, j'en suis sûre !
J'ai bien aimé !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.

Puis...

Livre reçu dans le cadre du partenariat avec les éditions Nathan. Merci à eux !

4 mars 2015

Oedipe sur la route

Couverture Oedipe sur la routeOedipe sur la route

Titre : Oedipe sur la route
Auteur : Henry Bauchau
Editions : J'ai lu
Année de parution : 2000
Pages : 259 pages
Prix : 6,80 €

Résumé :

Oedipe, celui qui - jouet des dieux - a tué son père et épousé sa mère, quitte Thèbes aveugle et accablé par le poids de sa faute. Avec sa fille Antigone, il s'engage dans une longue errance qui le conduira à Colone, lieu de sa "disparition"... et de la clairvoyance. Car ce livre est un voyage intérieur dans lequel un homme affronte les ténèbres qu'il porte en lui, jusqu'à atteindre la connaissance de soi. Dans cette quête, Henry Bauchau convoque tour à tour le chant, la danse, le rêve et le délire comme moyens de libération de son héros... Et c'est par la sculpture, au flanc d'une falaise, d'une vague gigantesque, symbole des épreuves déjà franchies ou encore à franchir, que ce délire trouve son expression la plus achevée et la plus visionnaire. Oedipe sur la route, roman d'aventures, roman initiatique, est avant tout une somptueuse interrogation sur l'individu et son destin.

Mon opinion personnelle :

J’avoue, ce livre, je ne me suis pas plongée dedans avec grand enthousiasme. En effet, après La machine infernale, Œdipe Roi et Œdipe roi, je commençais à saturer avec les Œdipe. Mais c’était pour les cours, et c’était le dernier de la liste, alors, je me suis lancée. Je craignais des redites, et donc un ennui total. Mais, en fin de compte, même s’il ne s’agit pas, selon moi, du livre-le-plus-génial-de-ma-vie-et-même-de-la-terre-entière, j’ai été plutôt agréablement surprise. Explications.

Trois personnages dominent l’histoire. Bien évidemment, il y a Œdipe. On le retrouve ici après son départ de Thèbes, aveugle, bien plus mature, sage et intéressant. Il est en revanche très lunatique : Poursuivi par les démons de son passé, son esprit ne semble jamais en paix. Le lecteur vit avec lui sa douleur, ses tourments, ainsi que la guérison de son âme. Sa fille, Antigone, est également très différente. Elle grandit tout au long du livre, évolue énormément : Petit à petit, elle devient plus réfléchie, mûre, mais, par la même occasion, de plus en plus déchirée par sa terrible situation. On perçoit ici le passage de l’enfance à l’âge adulte, avec les prises de conscience, les échecs, les désillusions. J’ai cependant eu du mal à accrocher avec elle, la trouvant parfois trop « possédée » pour la comprendre. Le personnage de Clios m’a en revanche beaucoup plu. Lui apportait au récit beaucoup de charme, de force. La relation père-fille est riche, mais elle serait rapidement retombée si le duo ne s’était pas transformé en trio. Ce jeune brigand, qui traîne péniblement les chaînes de son passé, s’avère très touchant, et permet aux autres personnages de se dévoiler. Son comportement est  marqué par de nombreux chamboulements : On le voit fier et fort, on le voit détruit et battu, on le voit transi et amoureux. C’est un homme aux mille et une facettes, qui ne cesse jamais de surprendre le lecteur.

Le style de l’auteur est loin d’être banal. Les figures de style sont conséquentes, il faut être bien accroché pour tout saisir. Parfois, on part dans des délires qui, aux premiers abords, semblent être totalement fantasques, mais qui, avec du recul, sont époustouflants. Je pense ici notamment au long passage sur la Vague, qui est, au fond, bien plus qu’une simple sculpture. C’est loin d’être facile, mais ça en vaut clairement le détour. On apprend beaucoup, avec ce livre. Il peut être compris à différentes échelles, en fonction de ce qu’on a envie de comprendre. C’est très étrange, mais les mots paraissent soigneusement choisis, de manière à parler à tous, à correspondre à l’état d’esprit du lecteur. C’est beau, tout simplement.

Ce qui m’a le plus emballée, c’est l’intrigue. Elle est située entre deux célèbres pièces : Œdipe Roi et Antigone, entre le départ d’Œdipe et le duel entre Etéocle et Polynice. Nous suivons donc, de long en large, le houleux parcours des personnages. Sur la route, ils sont à la fois mendiants, voyageurs, soigneurs, philosophes, bandits. Le récit alterne période de tensions et de rapprochements, (J’ai l’impression de réciter mon cours sur la Guerre Froide là. Mais en même temps, n’est-ce-ce pas une Guerre Froide, ce livre ? Un affrontement entre deux modèles, l’un à Thèbes, l’autre sur la route. Sans violence apparente, simplement deux façons de penser que tout oppose. OK, j’arrête.) et parfois, il faut l’admettre, ce n’est pas folichon. On a certains passages qui se répètent, qui sont plus lents, qu’on lit en diagonale. Mais juste après, d’un seul coup, tout éclate, ça part en tous les sens, on ne sait plus où donner de la tête. Les péripéties s’enchaînent, presque sans trêve, comme une spirale infernale. Et puis, tout retombe, le calme après la tempête. Cette façon de raconter, assez déséquilibrée, est au premier abord, surprenante. Et puis, on s’y fait, on en saisit les sens et les sous-entendus. Ce principe de ralentir, puis d’accélérer, puis de nouveau de ralentir l’intrigue apporte au bouquin un certain mystère, mais également une certaine authenticité. En effet, quel voyage est totalement parsemé d’embûches, ou au contraire, totalement monotone ? Aucun. Et c’est cet aspect qui ressort ici : Le hasard d’un périple. De nombreuses rencontres agrémentent cette longue marche à travers la Grèce, qu’on pourrait qualifier de pèlerinage. Des hommes et des femmes, tous plus différents les uns que les autres, apportent, chacun à leur façon, leur pierre à l’édifice. C’est également l’occasion pour l’auteur de mettre en place le principe de mise en abyme : Des récits de vie sont intégrés au roman de base. Moult procédés peuvent être ainsi retrouvés tout au long de la lecture, lui donnant du relief et du sens. Que vous dire de plus ? Ce livre est, de toute évidence, une remarquable leçon de vie. Il invite à aller au-delà des limites de la lecture, au-delà de ses propres limites. Il vous apporte deux principales choses : D'abord, davantage de connaissances sur le mythe d’Œdipe, sur un possible entre-deux. Mais aussi de la réflexion, sur la condition de l’Homme, sur la vie, tout simplement. Un voyage est bien souvent propice à la remise en question, aux songes, notamment par la solitude. Mais vous allez me dire qu’ici, ils sont trois, pour cette aventure. Et je vais vous répondre que c’est précisément ce qui fait de cet ouvrage une réussite : Ce tour si bien orchestré, de manière à rendre ces personnages seuls, seuls dans leur combat, dans leurs pensées. Mais bon, je m’emballe là, je crois qu’il est temps de passer à la suite afin de partir trop loin !

Mon avis est cependant plus mitigé en ce qui concerne la fin. Effectivement, certains éléments sont très bien trouvés et porteurs de beaucoup de choses, mais certains sont moins notables. Quelques pages avant la fin, (Non non, rassurez-vous, je ne vais PAS vous spoiler, juré.) Œdipe fait un rêve bien particulier. On ne s’y attend pas, mais c’est génial. Franchement, c’est tout simple, à côté du reste de l’ouvrage. Ici, pas de grand vocabulaire, ou trucs ultra-recherchés. Je ne vous en dis pas plus, histoire d’en avoir dit juste assez pour vous donner envie sans pour autant tout vous balancer. Sauf qu’à part ça, la chute ne m’a pas paru être des plus incroyables. Je vous ai dit plus haut que l’écriture alternait lenteur et accélération, pour un très beau rendu. Mais on termine sur un passage accéléré. Et ça donne un petit côté bâclé qui laisse un goût amer dans la bouche. J’avais l’impression qu’il me manquait beaucoup de choses, ce qui est fort dommage pour un tel ouvrage. On a besoin, envie de détails, on les attend, mais ils ne viennent pas, alors on reste sur sa faim. J’avoue que ça m’a un peu gâché l’image de ce livre…

Le titre est évidemment très symbolique, et tout à fait en harmonie avec le récit. Il donne un très bon aperçu de ce qu’on va trouver. La couverture est bien moins à mon goût. On ne peut pas dire qu’elle ne correspond pas au livre, au contraire, mais le trait de dessin n’est pas des plus séduisants, de mon point de vue. D'autres collections proposent des couvertures bien plus agréables, comme celle d’Actes Sud par exemple, qui, en plus, reflète directement le passage le plus fort du livre.

En conclusion, ce livre est une belle découverte, très instructive. Il fait partie de ces bouquins qu’on lit pour apprendre, pour se construire et mûrir, pas pour se détendre. Il permet de découvrir Œdipe et Antigone d’un nouvel œil, et de contribuer un peu à leur long voyage. Je vous le recommande vivement en complément de la lecture d’un ouvrage sur le mythe en lui-même, car il apporte beaucoup d’idées riches très développées. Dommage que la fin soit si simple, à côté d’un tel monstre de littérature...
J'ai bien aimé !
Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.