27 septembre 2015

Mauvais fils

Mauvais fils

Titre : Mauvais fils
Auteure : Raphaële Frier
Editions : Talents Hauts
Année de parution : 2015
Pages : 95 pages
Prix : 7 €

Résumé :

"C'est pas le chantier qui me fait peur, Papa. Non, c'est pas le chantier, ni le patron. C'est ta manière d'en parler, c'est ton espoir de me voir adopter, enfin, une posture de mec. Parce que, tu ne le dis pas; mais tu trouves que je marche trop légèrement, hein ? Tu voudrais que je traîne avec une bande de vrais mecs, et t'as bien compris que je cours pas après Lella, n'est-ce-pas ? En fait, Papa, t'as un doute au fond de toi, quelque chose que tu sens, t'as pas de preuve mais tu ne peux pas t'empêcher de craindre le pire. C'est ça, qui me fait peur, en vrai."

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Gabriel et les éditions Talents Hauts pour ce bel envoi !

L'homophobie est un thème très peu abordé en littérature jeunesse, même si, depuis quelques années, il parvient tout de même à percer un peu plus. C'est pour cette raison que j'ai saisi l'opportunité que j'ai pu avoir, et décidé de dévorer ce petit roman, qui m'a plutôt bien plu.

Le narrateur, Ghislain, est un garçon discret, un peu perdu. Il n'a pas une vie facile, et tente, malgré tout ce qu'il subit, d'être fidèle à ses proches. Il est trop gentil, trop souple pour ce monde qui le renie. Inévitablement, on s'attache beaucoup à cet adolescent victime de trop d'injustices. Que dire de ses parents ? Son père, comme sa mère. Pas un pour rattraper l'autre. Il est déchirant de voir la façon dont ils traitent leur fils unique, leur dégoût, leur honte. Ce ne sont pas des personnages humains. J'avoue que j'avais, parfois, du mal à me mettre dans le crâne que des gens comme ça existent vraiment. Ils semblent si... Mauvais ? Il y a bien entendu d'autres personnages dans ce récit, qui apportent un peu de douceur, mais que je ne vous présenterai pas pour ne pas vous spoiler. Cependant, je tiens au moins à vous dire que ce que j'ai apprécié avec cet ouvrage, c'est que, malgré le court nombre de pages, l'auteure parvient à donner vie de façon saisissante à tous ses personnages, de manière à ce qu'on puisse étonnement bien cerner chacun d'entre eux.

J'ai bien accroché avec le style d'écriture. Ce n'est pas forcément la plume qui va me marquer le plus, et qui brille par sa poésie. Non. C'est par sa simplicité qu'elle brille, justement. Les mots viennent comme ils sont, ce qui les rend plus authentiques. L'ouvrage se lit facilement, rapidement. Il est difficile de lâcher, tant la lecture devient naturelle. La narration à la première personne est une bonne chose, qui permet d'être encore plus touché par l'histoire, et rend ce bouquin d'autant plus fort. Le lecteur se sent sincèrement concerné par ce récit, par le combat de Ghislain. Les mots sont comme des petits coups de poing qu'on affronte tout au long de la lecture, qui, de toute leurs forces, crient la vérité pour qu'on les entende...

L'intrigue est très intéressante. Sa construction est pertinente : Elle va assez vite au début, puis s'attarde de plus en plus sur les "détails" au fil des pages. Je ne vous apprends rien, les deux thèmes abordés sont l'homosexualité, et l'homophobie. Prendre le risque d'écrire un roman presque uniquement basé sur ces deux sujets est une bonne chose : On pourrait rapidement s'ennuyer et tourner en rond. Fort heureusement, ce n'est absolument pas le cas. Suivre l'évolution de Ghislain est quelque chose que j'ai énormément apprécié. On apprend à le découvrir, à l'aimer. Et puis, petit à petit, on voit la chrysalide qu'il est au début du texte éclore (Ca se dit, l'éclosion d'une chrysalide ? Je fais genre comme ça, mais je ne m'y connais absolument pas en métaphores animalières) pour devenir un magnifique papillon resplendissant de vie. L'auteure ne cherche pas à cumuler les péripéties inutiles, elle va droit au but en privilégiant les sentiments. Dans ce livre, la réflexion prime sur l'action, et c'est principalement ce qui m'a plu. Ca fait du bien, parfois, de se poser, pour songer. Si l'on ne rit pas vraiment avec ce livre, ce n'est pas pour autant qu'il est totalement sombre. Au contraire, c'est un formidable message d'espoir, un encouragement pour tous les jeunes homosexuels en détresse, rejetés par ceux qu'ils aiment. Il y a des passages, des mots, vraiment très difficiles dans cette lecture, je ne vous le cache pas. Parfois, il faut relire les phrases pour être sûr de ne pas avoir cauchemardé. On découvre des mentalités et des actes ignobles. Mais ce bouquin, c'est aussi une prise de conscience. Pour ceux qui ont la chance d'être acceptés tels qu'ils sont, pour ceux qui n'auront jamais besoin de se demander si leurs parents, leurs amis, ne vont pas les jeter à cause de leur orientation sexuelle. Hétérosexuel, homosexuel, à la lecture de cette ouvrage, on pourrait (presque) dire qu'on s'en fout. Le message, tout le monde doit l'entendre. Franchement. Bon, je ne vous cache pas que j'ai eu quelques déceptions avec ce livre. Par exemple, j'aurais aimé pouvoir en lire encore un peu plus, ou bien, j'aurais souhaité approfondir certains points de l'histoire. Cependant, ces points me sont venus après la lecture. Car lorsqu'on dévore ce livre, on se concentre, on occulte tout, sans forcément chercher à le faire. C'est toute sa force, toute sa douleur, tout son réalisme.

Pour être honnête, je ne sais pas vraiment ce que j'ai pensé de la fin. Je suis un peu plus partagée que pour le reste de l'ouvrage. Il y a de très bonnes idées qui sont utilisées pour conclure ce récit. Mais j'ai toutefois eu l'impression d'être un peu perdue, de voir la cadence trop s'accélérer. J'ai eu le sentiment de lire quelque chose d'un peu plus brouillon que ce qui précédait cette chute. J'imagine, au vue de ce qui advient, que cela était voulu, pour styliser la colère, l'injustice. En fait, dans ce bouquin, c'est une sorte de violente amertume qui gonfle, gonfle, gonfle, jusqu'à exploser dans les dernières pages. Du coup, on a un peu de mal à suivre. Mais, à part cela, le reste est très bien amené. Là encore, cela sonne juste. Et même si c'est toujours aussi dur, c'est bourré d'espoir. Ce roman nous apprend à croire, croire en nous, en l'avenir. C'est tout con. Mais c'est quelque chose d'énorme. Et qui est pourtant loin d'être simple à faire.

J'aime beaucoup le titre, assez sarcastique, très fort, très vrai. Il représente bien l'état d'esprit du texte, le met en valeur. Il en est de même pour la couverture. Personnellement, j'y vois beaucoup de symboles, avec ce visage de jeune homme à demi noyé sous l'eau. Et ces yeux clairs qui vous accusent, ou vous interpellent. Les couleurs froides s'accordent elle aussi très bien avec le contenu du livre, c'est donc un très bon ensemble.

Voilà donc une belle lecture que je vous recommande très vivement. Elle a le mérite d'oser, et en plus, elle le fait bien. Ce roman, c'est une leçon de vie, d'humanité. On devrait en voir plus souvent, des comme ça. En attendant, n'hésitez pas à commencer avec histoire qui frappe et qui marque...

J'ai adoré !

Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.



Livre reçu grâce aux éditions Talents Hauts. Merci à eux !

20 septembre 2015

Quelqu'un qu'on aime

Couverture Quelqu'un qu'on aimeQuelqu'un qu'on aime

Titre : Quelqu'un qu'on aime
Auteure : Séverine Vidal
Editions : Sarbacane
Année de parution : 2015
Pages : 288 pages
Prix : 15,50 €

Résumé :

Matt et son grand-père Gary partent à la poursuite des souvenirs sur les routes de l'Ouest américain.
Embarquez dans un road trip pour partager les destins d'une véritable "famille de route".
Des histoires atypiques, des personnages terriblement attachants, des générations qui se croisent...
... pour un roman bouleversant.

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Charlène et les éditions Sarbacane pour ce magnifique envoi !

La couverture, le résumé, bref, l'ambiance générale de ce roman m'ont de suite charmée. Je n'avais pas besoin de réfléchir et de tergiverser, il me fallait cet ouvrage. Je me suis plongée dedans dès sa réception, et j'ai tardé à vous le chroniquer, malheureusement. Mais je répare dès à présent cette erreur, et m'éclipse un petit moment de mes révisions d'Histoire pour, je l'espère, vous convaincre...

Les personnages sont... Exceptionnels ? Oui, c'est le mot. Ils sont plutôt atypiques, divergent les uns des autres, mais se complètent merveilleusement bien. On ne peut que s'attacher, s'identifier à cette joyeuse petite troupe. Les générations s'entremêlent pour une épopée haute en couleurs, qu'on déguste plus qu'on ne la lit. Il y a d'abord Matt. Jeune, déterminé, débordant d'amour pour son grand-père et sa fille, il a la tête sur les épaules, et nous étonne. Il y a aussi Gary. Atteint de la maladie d'Alzheimer, c'est un personnage sensible, touchant, qui nous fait aussi bien rire que pleurer. Et puis, Luke. Mystérieux adolescent, brave, mais mal dans sa peau, il se révèle petit à petit pour nous surprendre lui aussi, et nous émouvoir. Parlons également d'Antonia. Elle apporte un peu de douceur au récit, de maturité, aussi. C'est probablement le personnage que j'ai préféré, car c'est celui qui évolue le plus au fur et à mesure de la lecture. Enfin, il y a Amber, la très jeune fille de Matt. Sans forcément être très présente dans l'histoire, elle y souffle un vent de fraîcheur, et d'innocence. Le lien qui unit tout ce petit monde est fascinante, bouleversant. Mais nous aurons l'occasion d'en reparler plus bas...

Comment vous dire que la plume de l'auteure est tout simplement parfaite ? Dès les premières lignes, le lecteur est happé par l'histoire, et ne parvient plus à s'en détacher. Il se dégage de ce récit quelque chose de fort, de prenant. Une certaine délicatesse, une certaine fragilité, qui se muent petit à petit en une détermination farouche et une délicieuse audace. On rit, on pleure, on voyage. Pas seulement à travers les USA. A travers la vie, à travers nous. On apprend à se découvrir, à changer notre regard sur certaines choses. Il y a énormément de poésie, de tendresse dans cette écriture. Les mots sonnent juste, avec une simplicité et une authenticité déconcertantes. On se sent tellement bien dans cet ouvrage, qu'on finit par avoir l'impression d'en faire partie. C'est une drôle de sensation, mais surtout une merveilleuse sensation.

L'intrigue est une pure réussite. Je ne vous apprends rien : Il s'agit d'un road-trip. Mais quel road-trip ! Une sorte de Little Miss Sunshine, mais en bien plus profond. L'histoire se met assez rapidement en place. La petite bande inter-générationnelle se forme de façon très surprenante, très naturelle. C'est comme un petit grain de folie qui nous annonce un peu la couleur de ce qui va suivre. Oui, parce qu'il faut bien le découvrir. Ce roman est fou, voire même ivre. Ivre de bonheur, ivre de fraternité, ivre d'amour, ivre de vie, tout simplement. Mais c'est ce qui fait sa force. Pour être honnête, on ne sait pas vraiment dans quoi on s'embarque. A l'image des personnages, on avance au hasard, simplement animé par un désir d'en savoir plus, de s'amuser, de vivre une expérience unique. On va de surprise en surprise, il est impossible de s'ennuyer. A chaque page tournée, une nouvelle découverte, un nouveau sentiment. Les péripéties imaginées par l'auteure sont comme des petits cailloux blancs qu'elle sème un peu partout, et qu'on suit avec amusement. Toutefois, je dirais qu'au-delà des actes, ce qui est le plus impressionnant dans cet ouvrage, c'est son état d'esprit. L'évolution des personnages, mais aussi de leurs relations, est palpable. On les voit grandir, et devenir, plus que de simples, une véritable famille. Présenté comme cela, ça peut paraître niais, exagéré. Mais je vous assure que c'est en réalité magique. Assister ainsi à la naissance de quelque chose d'aussi beau, c'est un privilège, car les personnages nous ouvrent une partie de leur intimité, pour nous toucher en plein coeur. Ce livre, c'est une superbe leçon d'humanité. Il nous apprend à aller au-delà des apparences, et nous ouvre les yeux sur ce qu'est réellement le bonheur. Il aborde alors des sujets délicats, comme la mort, la grossesse précoce, la maladie d'Alzheimer, la pression conjugale, et bien d'autres choses encore. Il s'agit d'un roman qui ose, qui se moque des principes et du qu'en dira-t-on. L'humour est très présent dans ce récit, ce qui permet un bon équilibre entre le drama et la comédie. Sur fond musical, sur les pas d'un grand crooner américain, on part à l'aventure. Ce voyage est le prétexte idéal pour, loin de tout, prendre le temps de réfléchir. Chaque personnage a quelque chose à fuir. Le lecteur aussi. Durant deux centaines de pages, on oublie tout. Ce bouquin est comme une grande bulle, qui nous coupe du monde, et qui nous porte. Ce roman n'est pas un recueil de grandes joies, mais un recueil de petits bonheurs. Je veux vous dire par là qu'il n'est pas là pour étaler vulgairement des ondes positives, mais plutôt pour pailleter un peu un quotidien un peu trop terne, de façon simple, mais efficace. (Non, je vous assure, je n'ai pas consommé de produits illicites avant l'écriture de cet article. Simplement, cet ouvrage, et bien...) C'est une petite perle qui vous met du baume au coeur. Et je n'arrive pas à m'exprimer clairement sur ce qu'il vous fait ressentir. Mais en tous cas, c'est quelque chose de très, très beau.

Il faut parler de la fin. Et il ne faut pas être dupe. Pratiquement dès le début, on se doute ce qu'il va advenir. Pendant, entre les dix premières pages et les dix dernières, c'est comme le reste : On l'oublie. Occulter totalement ce qu'on ne veut pas voir, ça peut paraître lâche. Mais c'est surtout un excellent moyen de profiter pleinement de la lecture. Vivre au jour le jour, c'est ce que nous enseigne ce récit éblouissant. Il est bourré d'espoir, et c'est une grande bouffée d'oxygène qu'il nous insuffle. Alors, quand les dernières lignes arrivent... Forcément, c'est une grande claque en pleine figure. Même si l'intuition est là, la voir prendre forme, c'est une toute autre chose. Ce bouquin n'est pas toujours très gai, et cette chute n'est, je ne vais pas vous mentir, malheureusement pas une partie de plaisir. Cependant, elle est conduite avec tellement de douceur, de poésie... Il n'y a rien à redire. Lorsqu'on referme l'ouvrage, on se rend compte qu'elle sonne bel et bien comme une évidence. Mais une très belle évidence, qui fait beaucoup de bien. Alors, on sourit. Malgré ce pincement au coeur de quitter tout ce petit monde qui nous ressemble tant, de quitter cette bulle dans laquelle on était si bien... On sourit. Tout simplement.

Le titre et la couverture sont très bien choisis. Ils sont très symboliques, mais aussi très attrayants. A l'image du récit, tous deux restent simples, et sincères. Noire et blanche, avec une légère touche de couleurs et ce sentiment qu'avec ce roman, tout sera possible : C'est ce qui, personnellement, me vient à l'esprit lorsque je vois l'image. Et je crois que cela lui correspond bien. Non ?

Peut-être qu'à la lecture de cette chronique, vous penserez que je fais fleur bleue, que je fais de mon avis une hyperbole. Mais je vous assure que ce n'est pas cela. A vrai dire, ce roman, c'est tout simplement tout ce que vous n'avez jamais lu, et tout ce que vous ne lirez qu'une fois dans votre vie. Il est unique. Je ne suis pas du genre à m'émouvoir pour un rien, et si vous êtes un habitué du blog, vous savez même que la sensibilité n'est pas mon point fort. Mais, croyez-moi ou non, ce livre a réussi à provoquer une étincelle en moi. Alors, je peux vous assurer qu'il en sera de même pour vous. Prenez le temps de vous attarder sur cet ouvrage, car vous ne serez pas déçus. Il est différent. Et vous rendra, vous aussi, différent. A lire !

J'ai adoré !

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16 septembre 2015

Kestenpenses ? {1} L'Histoire et sa Mémoire dans la littérature

Population lectrice,

Il y a à présent plusieurs semaines que je souhaite vous publier ce Kestenpenses ?. Je voulais toutefois vous faire patienter encore un peu, afin de finir quelques chroniques urgentes avant cela. Cependant, je dois vous avouer que ma patience faiblissait de jour en jour, et tendait à me faire changer d'avis... Mais une conversation particulièrement enrichissante, que j'ai eu le plaisir d'avoir aujourd'hui avec mon professeur d'Histoire-Géographie, a achevé de me convaincre. Je me devais de vous écrire cet article dès maintenant.

Avant toute chose, petit disclaimer, comme c'est la mode de le faire sur le Web en ce moment. Il est évident que ce que vous vous apprêtez à lire n'est QUE l'opinion d'une adolescente de 17 ans, et n'engage que moi. Je ne prétends pas avoir la science infuse, ni avoir le meilleur avis qui soit. Néanmoins, je suis sur mon blog, mon espace dédié à ma liberté d'expression. Oui, je n'ai peut-être pas le recul, la maturité, le savoir, l'âge, l'expérience, l'objectivité, et tout ce qui peut être nécessaire pour oser aborder ce sujet. Si vous opinez du chef en lisant ces précédentes lignes, je vous invite à passer vos nerfs sur la croix encadrée de rouge, en haut de votre écran, à droite, et de rester enfermé dans vos principes, apparemment si confortables. Quant aux autres, je vous souhaite une agréable lecture...


Le titre vous l'aura déjà appris : Je vous propose aujourd'hui de discuter de la place de l'Histoire et de sa Mémoire dans la littérature. Pour cela, il est important de rappeler les définitions de ces deux termes, fondamentaux pour l'article. Je vous le précise d'ores et déjà : Je vais fortement m'appuyer sur les excellents cours de mon professeur, que nous appellerons ici Monsieur T. , car ils me seront bien utiles pour appuyer mon propos et le construire plus concrètement. J'ai la chance d'avoir un enseignant aussi passionné que passionnant, combo parfait pour une assoiffée de connaissances historiques comme moi depuis le passage d'un certain Monsieur L. dans ma scolarité, alors autant en faire profiter un maximum de personnes.

Bon, je m'égare totalement, je ne suis pas là pour vous faire l'historique de mes professeurs. Revenons à nos définitions. J'aime beaucoup celles utilisées par l'historien italien Enzo Traverso, selon qui l'Histoire est une "Science humaine et sociale, qui travaille à partir de sources diverses faisant l'objet d'un travail critique", tandis que la Mémoire est "Plus subjective", et "Relève d'un rapport affectif aux événements passés, et peut donc être plurielle". Jusque là, vous me suivez ? C'est encore compréhensible. Alors, maintenant que vous avez bien cerné la nuance, nous pouvons passer à la suite.

La littérature englobe de nombreux genres, et tous ont plus ou moins déjà été mis au service de l'Histoire et de la Mémoire. Parmi eux, trois m'intéressent particulièrement, car ils sont probablement les genres plus courants dans la littérature historique. Il s'agit donc du roman, de la biographie, et du témoignage, autrement dit, de l'autobiographie. J'ai donc choisi de m'appuyer sur trois exemples pour (tenter de) structurer mon écrit, un pour chaque. (Mais vous verrez que j'ai en réalité tendance à ne pas m'arrêter à trois ouvrages...) J'ai également pris la décision, afin d'essayer de divaguer le moins possible, de centrer mon explication sur la période de la Seconde Guerre Mondiale. Ainsi, les exemples peuvent être plus aisément mis en relation. Même si Monsieur T. est apparemment persuadé du contraire, vous savez, vous, à quel point je suis férue d'Histoire, et plus précisément de ce conflit si fascinant et dramatique. Je serai donc plus apte à vous parler d'une période que je connais à peu près bien, à propos de laquelle je lis beaucoup. Mais attention ! Les propos que je tiens ici ne sont bien entendu pas valables uniquement pour cette période. Il faut généraliser sur l'Histoire toute entière. J'espère que je ne vous ai pas encore perdus, car vous n'êtes pas encore au bout de vos peines, mes braves.

Pour le roman, j'ai choisi de vous parler de Max et les poissons, de Sophie Adriansen. Pas de panique, je ne vais pas vous re-chroniquer le livre ! Pour rappel, il s'agit d'un petit roman jeunesse sur la déportation des enfants juifs, et sur le rôle des Justes dans cette honteuse démarche. Le fait qu'il s'agisse d'un livre pour enfants est doublement intéressant. En effet, le récit permet ici d'aborder avec des petits une période difficile de l'Histoire, de façon très pédagogique, avec un fond historique bien présent. Les enfants sont, quoiqu'en dise Socrate, l'Avenir, avec un grand A. Cette très jeune génération n'est pas forcément encore consciente de son passé. Cela est normal, l'innocence étant l'un des plaisirs de l'enfance. Mais, d'ici quelques années, ils seront adolescents, puis adultes. Alors, là, ils seront les nouveaux témoins du passé. Pour transmettre, à leur tour, notre Histoire. Mais on ne peut pas, un beau jour, sourire et assommer un jeune de connaissances sur le génocide, la guerre, la politique. Nous avons la chance de vivre dans une société qui nous laisse le temps de progresser, dont la paix est propice à l'évolution lente, mais sûre, de nos enfants. Voilà pourquoi ces romans jeunesses sur la Seconde Guerre Mondiale sont si précieux à mes yeux. Ils sensibilisent doucement ceux qui le souhaitent, et peuvent expliquer simplement, et objectivement. Objectivement, vraiment ? On ne dit forcément pas tout à un enfant de 8 ans. Encore une fois, c'est dans la logique des choses. Alors, pour la littérature jeunesse, cette occultation me paraît pertinente. Néanmoins, qu'en est-il de la fiction lorsqu'elle est destinée aux plus grands ? Prenons Elle s'appelait Sarah, de Tatiana de Rosnay. Certes, une bonne partie des informations sont avérées. Mais, c'est avant tout un roman, qui en appelle donc beaucoup à l'imagination de l'auteure. Alors, il y a, inévitablement, des inexactitudes, des extrapolations, etc... C'est évident. Même sans le vérifier. On ne peut pas tout savoir. Toutefois, ce n'est pas comme si les romans réinventaient entièrement le passé. (Je ne peux cependant pas faire une généralité, car en littérature, il y a de tout.) Ils en rajoutent, ils en omettent, c'est certain. Mais, globalement, l'idée est là, les informations majeures sont vérifiées, et, bien souvent, le fond historique reste très vrai. Je me souviens, il y a deux ans, un professeur d'Histoire, Monsieur D. , que j'avais en Littérature et Société, m'a dit : "Moi, je ne lis plus de romans historiques depuis longtemps. C'est romancé, ce n'est pas authentique, pas pertinent." Oui. D'un côté, il n'a pas tort. Mais, soyons honnêtes. La fiction est un confort. Elle permet d'apprendre sans forcément le vouloir, ni même en être conscient. Elle est utile pour intéresser le grand public, et le sensibiliser. C'est sa force. Je suis tout à fait d'accord, sa fiabilité n'est pas extraordinaire. Toutefois, elle permet de ne pas tomber dans l'oubli. Alors, quitte à manquer d'informations, ou au contraire, quitte à en avoir quelques unes d'erronées... Autant en avoir quand même un peu. Je le répète : Les grandes lignes seront les mêmes. Et les grandes lignes, c'est notre devoir à nous, quelconques citoyens, de les connaître.

Mais alors, le romanesque. Mémoire, ou Histoire ? Et bien, nous en reparlerons en fin d'article, si vous le voulez bien...

Venons-en au genre biographique. L'ouvrage que j'ai choisi de mettre en avant est bien entendu Charlotte Delbo : Poète de la Mémoire, de Rolande Causse. J'ai pris le parti de m'appuyer sur une biographie simple, accessible à un public plutôt jeune, qui retrace la vie d'une Résistante et auteure honorable. Je passerai peu de temps sur ce genre, car il est finalement, à mon goût, une forme de condensé des deux autres genres présentés dans cet article. La biographie est, de mon point de vue, le genre le plus difficile à faire apprécier, mais aussi le plus difficile à écrire. Pour un lecteur, il faut vraiment être motivé. Certes, c'est une source extrêmement riche, qui peut se révéler passionnante. Mais la complexité de la rédaction d'une biographie peut également devenir un inconvénient pour celui qui la lit. De mon point de vue, pour prétendre écrire une bonne biographie, il faut plusieurs choses. Une certaine neutralité est essentielle. Il ne s'agit pas de notre vie à nous. Il ne s'agit pas de celle d'un personnage qu'on peut modifier à souhait. Il s'agit de celle d'un autre, que l'on se doit de relater sans donner sa propre opinion. En gros, on peut dessiner une biographie, mais pas la colorier. Ce n'est pas du ressort de l'auteur. Bon, après, on a toujours des biographies teintées d'un certain avis bien tranché. Ce n'est pas ce qui m'intéresse. A l'image de Rolande Causse, un bon biographe doit être, selon moi, un style, une plume qui tisse petit à petit les bribes de vie d'un être. Toutefois, il doit le faire en sachant adapter son ton au public qu'il vise. Une biographie n'a pas pour vocation d'être fastidieuse, au contraire. Simplement, la somme de la neutralité et la réalité a souvent pour résultat un certain ennui. Alors, il faut rendre les choses plus prenantes. Rolande Causse l'a fait à merveille avec son livre, créant un récit captivant, objectif, documenté. Il en est de même pour Marie-Florence Ehret, avec Une jeune mère dans la Résistance : Olga Bancic. Ces récits sont parlants, passionnants, et pourtant, totalement neutres dans leur façon d'être narrés, avec des faits historiques avérés et intéressants. Il faut trouver l'équilibre parfait entre tout cela, et ce n'est pas chose aisée. Je dirais que ce genre est probablement le plus "académique", tout bêtement parce qu'il relate le savoir sans y apporter la touche personnelle qu'une fiction ou un témoignage pourrait avoir. Bien entendu, je parle d'une biographie en générale, car en réalité, la plupart sont influencées par la pensée de l'auteur. Mais, si on prend l'essence-même d'une biographie... C'est pour moi la place qu'elle occupe dans la littérature historique.

Là encore, Histoire ou Mémoire ? La réponse me semble assez explicite... Mais une nouvelle fois, nous verrons ça en fin d'article.

Arrive donc le genre que j'attends le plus : Le témoignage. Pour vous expliquer mon point de vue (d'enquiquineuse), je vais utiliser "Merci d'avoir survécu" d'Henri Borlant. Ce récit est celui d'un très jeune déporté à Auschwitz. Il est magnifique. Pourtant, il n'est pas forcément différent de centaines d'autres témoignages. Mais il est narré avec les tripes. Et du style. Sans chercher à implorer la pitié, l'auteur nous raconte ce qu'il a enduré des années auparavant. Mais il n'évince pas pour autant ses sentiments passés et actuels. Sans pudeur, il ose nous parler, pour faire perdurer la Mémoire de tous ceux qui n'auront jamais eu la possibilité de raconter leur histoire. Il n'a pas peur des mots pour ses maux. C'est admirable. Je vous parlais un peu plus haut de style. Oui, ses phrases sont bien tournées, la lecture est agréable. Toutefois, ce n'est pas pour autant qu'il y a trop d'effets de style. Il y a maintenant deux ans, j'ai (violemment) critiqué Si c'est un homme de Primo Levi. Je vous le dis : Je ne regrette pas mes propos. L'auteur avait en effet fait le choix d'exclure tous sentiments, et d'écrire sur un ton glacial, bien trop neutre, afin de rappeler, de styliser la déshumanisation dont les déportés étaient victimes. L'idée est certes excellente. Mais excellence et pertinence sont deux choses bien distinctes. Les procédés stylistiques aussi conséquents, ayant une influence si importante sur la lecture, n'ont, de mon petit avis, pas leur place dans les témoignages. Parce que, clairement. Quelqu'un qui lit Si c'est un homme, mais qui n'a pas forcément envie de se prendre la tête à chercher les figures de style, et qui prend la lecture comme on la lui la donne. Quelqu'un qui lit ce texte pour apprendre, et non pour l'étudier. Que voit-il ? Un texte vide, automatique, cassant, et, j'oserais même, rebutant. Pour vraiment comprendre la portée du texte, il faut l'analyser. Et tout le monde n'a pas forcément envie de se concentrer sur les sous-entendus d'une écriture blasée. Je vais être honnête, et cela risque de déplaire. Mais pour moi, cela fait de l'Histoire quelque chose d'élitiste. Ce genre de témoignages n'est pas accessible à tous, seulement à une élite qui aura envie d'aller plus loin. Et donc, pour connaître le passé de notre société, il faut absolument faire des efforts, décortiquer des textes ? Mais soyons sincères. N'est-ce-pas-là la meilleure façon de laisser le passé tomber dans l'oubli ? On dit que notre génération se doit d'avoir conscience de ce qui s'est passé avant elle, et qu'elle doit à son tour transmettre ce passé. Mais si on lui ferme des portes, aura-t-elle vraiment envie d'en enfoncer d'autres ? Je ne crois pas. Plus le temps passe, et moins les gens sont curieux. Il est plus facile d'oublier un passé qu'on a pas connu que de porter ce fardeau qui n'a aucun lien direct avec nous, n'est-ce-pas ? Alors, pour motiver ces futures générations, est-il vraiment judicieux de rendre l'Histoire encore plus complexe qu'elle ne l'est déjà ? C'est une question que je vous, me pose. La force du témoignage repose dans la capacité du lecteur à s'identifier à l'auteur, qui se dévoile. Le message devient alors limpide. Mais que faire lorsque l'auteur se barricade dans son passé ? Est-ce vraiment une volonté de mémoire ? Comment remplir notre devoir de mémoire lorsqu'on nous prive de mémoire ? Sincèrement, cette littérature élitiste m'interroge énormément. Je suis peut-être la seule à être frappée par cette manière d'écrire. Néanmoins, je vous avoue que je n'aimerais pas que ce soit le cas. On écrit le futur avec l'encre du passé, alors, sans encre, écrirons-nous encore ?...

Vient donc le moment de trancher, pour chaque genre. Mémoire. Histoire. 

Je vais vous écrire quelque chose qui choquerait profondément Monsieur T. s'il se perdait par ici, Monsieur L. s'il repasse par là, ainsi que tous mes professeurs d'Histoire passés, et tous les Historiens.

Je ne suis rien ni personne pour l'affirmer. (Bon, notez que je le fais tout de même, mais passons.) Mais pour moi, l'Histoire n'existe pas. Du moins, pas au sens propre du terme, celui énoncé un peu plus haut. (Oui hein, je précise : N'allez pas croire que je nie l'existence des faits, c'est tout le contraire ! Ce qui me chiffonne, c'est simplement le terme employé) J'apprécie énormément la façon dont Pierre Nora parle de l'Histoire. "L'Histoire est la reconstitution toujours problématique et incomplète de ce qui n'est plus." C'est exactement cela. L'Histoire se dit être une science, censée être indéniable. A mon sens, ce n'est pas le cas. Les interprétations sont tellement variées. Il y a toujours une part de subjectivité dans l'Histoire. Parce que tout ce qu'elle a écrit, ce qu'elle écrit, ce qu'elle pense écrire, ce qu'elle écrira, tout est influencé. L'Histoire est tracée par les Hommes. Définie par les Hommes. Rapportée par les Hommes. Et, selon moi toujours, l'une des principales caractéristiques de l'Homme est sa subjectivité. L'Histoire des Hommes ne peut pas être objective.
Car l'Homme lui-même ne l'est pas.

Et la littérature nous le montre bien. Partout, dans chaque genre, la Mémoire prime. Et elle a raison.

Alors, lisez. Lisez des ouvrages historiques. Fiction, biographie, témoignage... Mais s'il vous plaît, comprenez l'importance de notre passé. Ouvrez-vous à lui. La Mémoire est fondamentale. Même si vous n'êtes pas passionné par les vieilleries et les dates, ce sont elles qui vous ont offert ce que vous êtes aujourd'hui. Alors, n'oubliez-pas. Les livres sont là pour vous aider à comprendre, apprendre. Vous serez surpris de tout ce qu'on trouve dans nos lectures. Et n'oubliez pas que maintenant, c'est à vous aussi d'écrire votre Mémoire, à l'encre de notre passé...

Bravo si vous avez lu jusque là, vous êtes bien courageux. Ou bien curieux. Ou bien passionné. Du moins, je vous en remercie. Et encore une fois, tout ce qui est écrit ici n'engage que moi. Et je l'assume totalement.

Maintenant, c'est à votre tour de parler ! Le sujet vous inspire ? N'hésitez pas à reprendre le rendez-vous sur votre blog, chaîne... Et sinon, n'hésitez vraiment pas à me laisser un petit commentaire qui contient votre avis sur la question. Comme je vous le disais, le but de ce rendez-vous n'est pas que je parle toute seule dans mon coin. Ce que je recherche, c'est l'échange, le débat. Je sais bien que je commence fort, avec un sujet qui ne sera pas forcément parlant pour tout le monde. Initialement, ce n'était pas prévu dans ce sens... Mais finalement, c'est le cas. Alors, à vos claviers, je vous attends !

Pour ceux qui souhaiteraient récupérer l'étiquette de la bannière sans ma figure dessus, n'hésitez pas à me le signaler, je vous fais ça sur demande. 

Bonnes lectures,

Mathilde ♥

PS : Ils n'en n'auront sans doute jamais connaissance, mais peu m'importe, car c'est l'intention qui compte. Je souhaite sincèrement remercier M. T et M. L, qui m'ont tous deux apporté bien plus que de simples cours académiques. Je leur dois beaucoup, beaucoup de choses, et cet article, entre autres, en fait partie. Disons donc que je leur dédie. Merci...

8 septembre 2015

Un si bel été

Couverture Un si bel été / L'été de CharlotteUn si bel été

Titre : Un si bel été
Auteure : Christine Féret-Fleury & Geneviève Lecourtier
Editions : Oskar
Année de parution : 2015
Pages : 115 pages
Prix : 11,95 €

Résumé :

Charlotte, 17 ans, s'apprête à passer le plus bel été de sa vie : elle passe son temps à s'occuper et à monter les chevaux que son père élève au Haras des Bertranges, en compagnie du beau Gautier, son amoureux et brillant cavalier de concours complet. Elle nage en plein bonheur et rien, ni personne ne pourra gâcher ses vacances. Elle ne sait pas encore que tout va basculer...

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Angélique et les éditions Oskar pour cet envoi !

Spontanément, je ne me serais pas arrêtée sur ce tout petit livre, qui ne me parlait pas vraiment. Néanmoins, après avoir compris le petit côté dramatique qu'il cachait, je me suis décidée à y jeter un œil. Et, dans l'ensemble, j'ai bien apprécié ma lecture, malgré quelques détails plus négatifs.

Les personnages sont relativement intéressants. La narratrice, Charlotte, n'est pas forcément ce qu'on pourrait appeler un personnage attachant. Du moins, pas au premier regard. Elle est assez immature et bornée, voire même égoïste. Mais, petit à petit, on apprend à la connaître, elle s'adoucit, et on l'apprécie davantage. Cette jeune fille évolue, ce qui une excellente chose. Un personnage que j'ai d'emblée adoré, c'est le palefrenier, Claude. Il dégage une gentillesse et un dévouement incroyable. Sa patience est d'or, de même que sa sincérité. J'ai eu plus de mal Gautier, qui est plus un fantôme que le petit ami de notre héroïne. Longtemps, j'ai eu des doutes quant à l'honnêteté de ce jeune homme. Mon instinct ne m'avait pas trompée...

Le style d'écriture est assez simple, mais néanmoins efficace. Je ne sais pas exactement comment l'écriture à quatre mains s'est déroulée,  tout du moins, cela fonctionne. La plume de ces deux femmes ne va pas certes pas me marquer, mais elle aura eu le mérite de me faire passer un agréable moment. Ce petit livre se lit très vite, et aisément. On ne se prend pas la tête, mais on découvre tout de même un récit intéressant, l'équilibre est donc bon.

Je ne saurais réellement vous qualifier l'intrigue. Je ne savais pas tellement à quoi m'attendre, si ce n'est à un aspect assez drama, au vue du résumé. C'est effectivement ce que j'ai retrouvé, et apprécié. J'ai trouvé la façon dont l'histoire est agencée très pertinente. L'accident (Je ne vous spoile rien, c'est inscrit au verso) n'arrive ni trop tôt ni trop tard, de manière à équilibrer les différentes parties du récit. Du fait du tout petit nombre de pages, on se retrouve très vite plongé dans le vif du sujet, ce qui permet de souligner la brutalité de l'événement qui bouleverse la vie de Charlotte. J'ai alors été étonnée de constater que ce roman était majoritairement composé d'une sorte d'enquête. Le lecteur se retrouve alors embarqué dans une aventure pleine de suspense... Cette façon de mouvementer l'intrigue "de base" est une bonne idée, qui permet de ne pas rendre le bouquin morose. En effet, une convalescence n'est pas forcément ce qu'il y a de plus passionnant... Heureusement, là; on se prend au jeu. On passe par des divers sentiments, on s'amuse, on s'étonne, on s'énerve. Il s'agit d'une jolie histoire familiale et amoureuse. La romance est bien conduite, toutes les routes qui mènent en son sein sont intéressantes. Je suis cependant déçue du peu de pages que comporte ce livre. Davantage d'approfondissement n'aurait fait de mal à personne... C'est un des défauts de cet ouvrage : Avec lui, on reste beaucoup en surface. Il m'a manqué des détails, des descriptions précises... Certes, impossible d'avoir le temps de s'ennuyer, mais bon, un peu plus de matière à lire n'aurait pas pas été de trop. L'univers équestre est omniprésent dans cette lecture. J'aime les chevaux sans pour autant en être folle, mais je n'ai pas pour autant eu la sensation d'étouffer sous trop de présence du domaine de l'équitation.

La fin est sympathique, mais a malheureusement quelques défauts. Là encore, j'ai eu une sensation de manque, comme si l'ouvrage n'était pas vraiment fini. Même si la morale mise en scène est pertinente et bien amenée, davantage de pages n'auraient pas été de trop. En revanche, j'ai apprécié le juste équilibre entre la happy end et la non happy end. Le lecteur se sent au plus proche des personnages, une véritable sensation d'authenticité prend place. Les réponses aux nombreuses questions soulevées au cours de la lecture sonnent juste, et la curiosité du lecteur est assouvie. Enfin, en ce qui concerne les grandes lignes, parce que pour les détails, on repassera... Mais disons que dans sa globalité, la chute m'a bien plu.

La couverture est faite de couleurs chaudes, qui correspondent bien au roman. Les quelques petits symboles qu'on y retrouve représente bien l'ouvrage. Cependant, je ne suis pas vraiment persuadée de l'attrait dont peut faire preuve cette image. Le titre, lui, est assez classique, et neutre. Je ne suis donc pas spécialement séduite par l'objet livre, à mon grand regret.

Voilà donc ma fin d'une chronique assez courte, comparée aux autres. Globalement, j'ai donc trouvé ma lecture agréable, mais sans plus. J'ai eu un peu l'impression de lire l'esquisse d'une vraie intrigue, car il m'a manqué beaucoup de choses, même si les idées étaient bonnes à la base. Dommage...

J'ai bien aimé...

Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.



Livre reçu grâce aux éditions Oskar. Merci à eux !

3 septembre 2015

Charlotte Delbo : Poète de la mémoire

Couverture Charlotte Delbo : Poète de la mémoireCharlotte Delbo : Poète de la mémoire

Titre : Charlotte Delbo : Poète de la mémoire
Auteure : Rolande Causse
Editions : Oskar
Année de parution : 2015
Pages : 182 pages
Prix : 9,95 €

Résumé :

Charlotte Delbo est un des auteurs de la déportation et des souffrances humaines. Comme Primo Levi avec Si c'est un homme
Comme Alain Resnais avec Nuit et brouillard
Comme Claude Lanzmann avec Shoah.
Charlotte Delbo a vécu un AMOUR inoubliable avec Georges Dudach, son époux, fusillé au Mont-Valérien.
Charlotte Delbo a découvert le THEATRE lorsqu'elle travaille et voyage avec LOUIS JOUVET.
Puis elle vit la RESISTANCE, l'arrestation, la déportation aux camps d'AUSCHWITZ-BIRKENAU et de RAVENSBRÜCK.
Enfin l'ECRITURE, Charlotte compose une trilogie bouleversante : Auschwitz et après.
Sur ses deux cent trente compagnes déportées, seules quarante-neuf sont revenues. Pour toutes, elle écrit Le Convoi du 24 Janvier.
Cet écrivain remarquable créé neuf pièces de théâtre et les magnifiques textes et poèmes de : Spectres, mes compagnons, La mémoire et les jours...

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Angélique et les éditions Oskar pour ce bel envoi !

Férue d'Histoire, toujours curieuse de mieux découvrir la Seconde Guerre Mondiale et ses misères, mais également passionnée de théâtre, il était donc très naturel pour moi de me diriger vers cette biographie. Je ne connaissais Charlotte Delbo que de nom, et j'ai été ravie de pouvoir enfin cerner son parcours grâce à cet ouvrage que j'ai trouvé très bien fait.

Bien entendu, ici, on ne parlera pas de personnages. Charlotte Delbo est une femme au lourd passé, très cultivée, qui est partie de presque rien pour, au final devenir un honorable témoin de l'Histoire. Forte face à toutes les épreuves qu'elle a endurées, elle est un exemplaire de volonté et de résistance. Son désir de faire perdurer la mémoire des victimes de la déportation, son amour pour l'art théâtral, sa capacité à gravir les échelons et à se remettre du pire... Elle est admirable, par sa bravoure et sa richesse d'esprit. Un de ses amis m'a également beaucoup marquée. Il s'agit du dramaturge Louis Jouvet, un homme élégant, talentueux, qui fut à la fois son employeur, son ange gardien, et son meilleur ami. Si j'étais au début plutôt dubitative quant à la sincérité de sa bonté, j'ai fini par comprendre qu'il était réellement un homme certes singulier, mais surtout remarquable.

Le style de l'auteure est très intéressant, et va parfaitement bien au genre biographique. En effet, il est plutôt simple, facilement compréhensible, ce qui permet à l'ouvrage d'être accessible pour tous les types de lecteurs, ce qui correspond (selon moi) aux critères parfaits pour un livre historique digne de ce nom. (Un Kestenpenses en prévision ? Peut-être bien...) Cependant, l'écriture est tout de même très efficace. Dès le début, on se sent plongé dans l'univers des années 1930, et il devient vite impossible de se détacher de l'ouvrage. Les informations historiques sont bien mises en évidence, claires, nettes, et précises. La fiction est bien entendu quelque peu présente dans le texte, mais j'ai, pour vous, creuser un peu, et peut vous affirmer que la très grande partie des éléments de ce récit sont avérés.

Intrigue n'est bien sûr pas le terme à employer pour parler de la bouleversante histoire de Charlotte. Sa vie est plutôt atypique, il faut l'avouer. Nous commençons par découvrir une jeune fille intelligente, rêveuse, douce, amoureuse. Peu de pages sont consacrées à sa vraie jeunesse, celle qui n'avait pas encore été volée par la Guerre. C'est un choix intéressant de se focaliser uniquement sur ce que le conflit a fait d'elle, et non pas de ce qu'elle était. Il peut plaire à certaines personnes, et donne la possibilité d'abréger le récit. Très personnellement, ce n'est pas une idée qui m'a convaincue, puisque j'aurais aimé être encore plus frappée par l'avant/après. Néanmoins, c'est vraiment la seule chose qui m'a chiffonnée dans ma lecture, rassurez-vous. Lorsque le décor commence à s'assombrir, que les tensions se forment, l'histoire prend une toute autre tournure. Envolées, les balades romantiques et les projets d'avenir. Rapidement, le texte se focalise sur Charlotte, et fait une croix sur ce qu'elle avait pu vivre avant d'être arrêtée, puis déportée. J'ai été surprise de noter qu'il y a en réalité très peu de pages qui portent concrètement sur la vie dans les camps. Charlotte étant une déportée politique, ses conditions de vie étaient encore plus terribles (Merci le camp de Struthof cet été, j'avoue) et drastiques. Une fois la surprise passée, je n'ai finalement pas été dérangée par ce peu de détails, car à vrai dire, la vie dans les camps est malheureusement "identique" dans pratiquement tous les récits. Néanmoins, je me suis sincèrement demandée ce que l'auteure allait faire de la centaine de pages qu'il restait à couvrir. Et c'est là que j'ai compris. Ce bouquin n'est pas là pour représenter la déportation en elle-même, mais plutôt pour témoigner de la reconstruction au retour des camps. Je me suis alors rendue compte que là encore, j'avais énooooooormément de lacunes sur cette partie de cette période de l'Histoire. (Très Français tout cela) On apprend donc beaucoup de choses, et l'art, notamment théâtral, finit par prendre une place prépondérante dans le récit. On suit Charlotte dans son combat pour remonter la pente, on la voit progresser... C'est un véritable message d'espoir et de courage qui nous est transmis dans cette lecture. Il est impressionnant de constater comme le théâtre peut sauver des vies, comment l'écriture peut en rétablir d'autres. Le devoir de mémoire est omniprésent dans cette biographie, ce que j'ai trouvé très bien. C'est assez particulier à écrire, mais il y a également une certaine forme de magie dans cet ouvrage. Il est difficile de l'expliquer, mais, en quelque sorte, découvrir tant de contrastes, entre la violence que subit la jeune femme et la paix qu'elle trouve dans l'art, sans pour autant avoir l'impression d'être à côté de la plaque... Je ne sais pas, il y a en tous cas quelque chose dans le parcours de cette femme qui m'a profondément touchée, et qui impose, sans aucun doute, le respect.

Quand vous achevez cette lecture, vous avez plusieurs pensées qui vous traversent l'esprit. D'une part, vous vous dites qu'il fait absolument que vous vous procuriez les œuvres de Charlotte Dalbo, pour encore mieux comprendre. Vous vous dites que vous avez de la chance de vivre dans une époque et une société comme les nôtres. Vous ne voyez plus les choses de la même façon, je peux vous le garantir. Ce type d'ouvrages, les biographies, les récits historiques, amènent à de vraies remises en question, ce que j'apprécie énormément. Il conduit à modifier sa vision de choses, c'est une bouffée d'oxygène qu'on prend, un peu honteux et coupables, comme pris en flagrant délit. Comme si cette claque éclairait cette ignorance dont, malheureusement, on se contente trop souvent. C'est pour cela, que j'aime tant les bouquins historiques, surtout sur cette période. (Mais là, je déborde sur le Kestenpenses, alors chut !)

Le titre est bien trouvé, car l'expression "Poète de la mémoire" correspond parfaitement bien à Charlotte. J'ai un peu plus de mal avec la couverture, car même si elle représente bien l'histoire dans ses moindres détails, je ne suis pas persuadée qu'elle suffira à attirer l’œil de jeunes lecteurs, ce qui est bien dommage...

Alors, j'espère de tout coeur que vous aurez compris à quel point il est important de lire cette biographie, ou au moins, une biographie. Mais cette collection, Résistantes & Résistants, est vraiment très bien réalisée, je vous la conseille vivement. Charlotte Dalbo et son histoire ont à présent marqué ma mémoire, et je souhaite qu'il en soit de même pour les vôtres. Bien plus qu'une dramaturge, bien plus qu'une Résistante, elle est un modèle pour ses contemporains. N'oublions jamais...

J'ai adoré !

Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.



Livre reçu grâce aux éditions Oskar. Merci à eux pour cet envoi !

2 septembre 2015

L'Antichambre des souvenirs Tome 1

Couverture L'Antichambre des Souvenirs, tome 1L'Antichambre des souvenirs Tome 1

Titre de la série : L'Antichambre des souvenirs
Numéro du tome : 1
Auteure : Iman Eyitayo
Editions : Plumes Solidaires
Année de parution : 2015
Pages : 152 pages
Prix : 9,50 €

Résumé :

J’ai toujours pensé qu’en frôlant la mort, je verrais toute ma vie défiler devant moi. Je me suis trompée. En réalité, je me suis retrouvée dans une antichambre en compagnie d’un « guide » qui m’a annoncé que je devrais revivre cinq moments de ma vie avant que mon sort ne soit décidé.
J’ai peur : vais-je survivre ou vais-je sombrer ?
Et si mon avenir dépendait de mon passé, des souvenirs que je dois désormais revivre ? Et si au contraire, ma vie ne tenait qu’à un fil, celui du hasard ?
Je m’appelle Dana, j’ai 32 ans et je joue ma vie.

Mon opinion personnelle :

Je commence par remercier Iman Eyitayo pour l'envoi de son charmant roman !

Fan de la première heure de la série fantasy de la même auteure, Coeur de flammes, j'ai été très touchée, et ravie de voir qu'Iman m'avait fait la surprise de m'envoyer le premier tome de sa nouvelle série. Je me suis plongée dedans avec plaisir, et j'ai beaucoup aimé ma lecture.

Les personnages sont, dans l'ensemble, intéressants. J'ai bien accroché avec la narratrice, Dana. On apprend à bien la découvrir au fil de la lecture, chacune de ses différentes facettes s'explique petit à petit. C'est une jeune femme énergique, amoureuse, des rêves plein la tête, et du courage plein le coeur. J'ai eu un peu plus de mal avec son petit ami, Alex. Un peu baroudeur, un brin lunatique, il me semblait, au début du livre, être l'ingrat parfait. Cependant, au fur et à mesure, on le découvre sous un jour nouveau, et il paraît de suite plus agréable. Autre personnage étonnant, Glimel, le guide de Dana. Je dois admettre qu'au bout de ce premier tome, je n'arrive toujours pas à bien le cerner. J'attends de voir ce que cela va donner, car jusqu'à présent, impossible de déceler sincérité ou machiavélisme dans ses mots...

J'ai été assez surprise par le style de l'auteure. En effet, je l'ai trouvé très différent de ce que j'avais pu voir d'elle jusqu'à présent, et pas forcément pour un mieux... En toute sincérité (Vous connaissez à me connaître mes choux, je ne mâche pas mots), j'ai été un peu déçue. Dans la première série d'Iman Eyitayo, j'avais trouvé le style très mûr, plein d'assurance. Là, j'ai trouvé les mots un peu plus hésitants et banaux. Il y a tout de même du talent, car cette lecture est addictive, et se lit très bien. Mais il m'a manqué quelque chose, il y avait moins de fluidité et de cohérence que dans l'univers plus fantasy de son premier ouvrage, ce qui est assez dommage, malheureusement.

Toutefois, il faut reconnaître que l'intrigue est intéressante, et bien trouvée. Je n'ai encore jamais lu, il me semble, d'ouvrage dont la trame se déroule entre la vie et la mort. Enfin, en tous cas, pas présentée de la sorte. Même si ce roman est très court, cela ne l'empêche pas d'être très riche dans ses idées. La partie "avant" m'a beaucoup plu. Elle est assez courte, ce qui n'est pas plus mal, car ceci souligne la brutalité d'un accident, et permet également de ne pas perdre de temps avec ce qui, finalement, n'est qu'un prétexte à l'histoire. Rapidement, le lecteur est confronté à la mort, au vide. Les éléments décrits par l'auteure sont très intéressants. Sa vision de "l'entre-deux-mondes" m'a bien plu, et semble plausible. Je ne cache pas que j'aurais cependant apprécié davantage d'explications sur la façon dont les choses pourraient fonctionner pour nous, là-haut... M'enfin, on comprend bien son idée, et c'est le principal. Viennent alors les épisodes de la vie de Dana. Dans l'ensemble, ils sont très pertinents. Rien de bien gai, ce que j'ai beaucoup aimé. Néanmoins, l'auteure n'omet pas d'insérer à son récit quelques petites notes plus humoristiques, pour alléger un peu cette ambiance pesante qui plane sur les personnages. Les passages que revit Dana sont pour certains, originaux, pour d'autres, moins. L'équilibre est donc bon, et permet au lecteur de ne jamais s'ennuyer. Iman aborde des sujets durs, souvent écartés dans la littérature, et que j'étais ravie de rencontrer ici. On sent que, derrière ces allures un peu fantastiques, un véritable message plein de sens se cache. Bon, parfois, j'ai été un peu frustrée de voir que certains points allaient très, trop, vite. Certaines fois, on avait à peine le temps de se mettre à la place de notre héroïne, que déjà, la page se tournait... De plus, j'aurais souhaité plus de temps et de détails apportés aux transitions, histoire de reprendre sa respiration, de faire le bilan de ce qu'on venait de découvrir, et de mieux percevoir le chemin vers lequel l'auteure souhaite nous guider. Même si je l'ai énormément aimé, j'ai quand même un peu eu l'impression de lire ce bouquin en étant en apnée, ce qui est tout de même un peu dommage. A part cela, on se laisse vraiment porter par l'intrigue, faite de flash-backs et de suspense, puisqu'on ne sait jamais vraiment trop où l'on va. Ce petit goût de mystère est agréable, il a le mérite de permettre au récit de ne jamais réellement s'essouffler. Plus les pages défilent, plus les événements relatés nous parlent, car ils finissent par faire écho aux débuts de l'ouvrage. Cette petite piqûre de rappel est intéressante, et apporte une certaine profondeur au texte.

La fin a été L'excellente surprise de la lecture. J'avoue que je ne m'attendais absolument pas à une chute comme celle-ci. J'ai été très étonnée, mais dans le bon sens cette fois-ci. Alors qu'on commence à envisager une issue pour cette histoire atypique, tout est bouleversé. Ce coup de théâtre nous laisse donc sur un conséquent cliffhanger qui, pour le lecteur, est juste terrible. Une seule envie ensuite : Foncer sur le tome deux ! Ce dernier promet d'être mouvementé, et surtout, de se renouveler. C'est quelque chose que je craignais, avec une telle intrigue : Finir par tomber dans un schéma redondant. Que nenni, avec les révélations faites dans les dernières lignes, on est assuré de pouvoir s'attendre à quelque chose de nouveau et d'assurément émouvant. Je suis très curieuse, maintenant !

La couverture est, selon moi, jolie. Les couleurs attirent l’œil, les symboles sont présents. Elle révèle juste assez de choses pour donner envie sans spoiler. De même pour le titre, sur lequel il faut réfléchir pour bien le comprendre, mais qui représente très bien le récit. Je regrette peut-être juste que chaque tome n'ait pas son propre titre, mais bon, là, je chipote, je le reconnais.

Il s'agit donc d'un bon début de série, plutôt prometteur, mais qui, d'après moi, manque encore d'un certain approfondissement pour devenir vraiment irréprochable. Il y a de l'idée, il y a du talent, mais ce n'est pas encore tout à fait ça, on voit bien que ce premier volume pose les bases d'une histoire qui s'annonce riche. Il me tarde à présent de dévorer la suite qui, je l'espère, aura gagné en assurance, et achèvera parfaitement bien cette duologie pour le moins étonnante !

J'ai bien aimé !

Livre se trouvant dans ma propre bibliothèque.